La maladie ou les retraites financées à crédit

Extrait d’un texte d’origine française, mais valable pour le Québec.


Extrait de : Après la dette publique, la dette sociale, Jean Yves Naudet, Liberté & Responsabilité, 08 Octobre 2013

La maladie ou les retraites financées à crédit

Mais l’essentiel n’est pas là. Ce que les Français, habitués aux discours sur le déficit de la Sécu, ne mesurent pas, c’est ce que représentent ces déficits et la dette sociale qui en découle. Certes, ils n’ont plus d’illusions sur les réformes qui font que cette fois, « c’est sûr, les mesures prises vont redresser les comptes et sauver la Sécu ». Personne n’y croit plus. Le déficit de la Sécu fait partie de notre paysage familier et nous en avons perdu le sens. Contrairement aux collectivités locales, qui financent leurs investissements à crédit, ce qui est très discutable, mais qui peut être défendu, dans le cas du déficit de la Sécu, ce sont les dépenses de fonctionnement qui sont financées à crédit.

De quoi s’agit-il ? Pour l’essentiel, des retraites, de l’assurance-maladie et des prestations familiales. Rien, absolument rien, ne peut justifier que le financement de ces dépenses soit reporté, par l’intermédiaire de la dette. La dette n’est pas un tour de passe-passe qui finance par magie les dépenses ; elle ne fait que reporter ce financement dans le temps. Cela veut dire que lorsqu’on remboursera cette dette, dans quelques dizaines d’années, on ponctionnera la génération suivante pour financer nos dépenses de retraite, d’assurance-maladie ou de prestations familiales d’aujourd’hui. Rien, ni du point de vue économique, ni du point de vue moral, ne peut justifier ce scandale, quasiment unique dans les grands pays européens, comme le rappelait Didier Migaud.

Que faire ?

Que faire ? Certains, de moins en moins nombreux, proposent d’augmenter les recettes ; on l’a vu avec les retraites récemment. Cela n’a aucun sens puisque nous sommes déjà champions des prélèvements obligatoires et que les taux actuels impliquent qu’une nouvelle hausse des cotisations se traduira, en raison de l’effet Laffer, par une baisse des recettes. D’autres envisagent une baisse des prestations : cela semble logique, il faut diminuer les dépenses. Mais la longue liste des déremboursements successifs dans le seul domaine de l’assurance-maladie devrait faire réfléchir : moins rembourser les soins dentaires ou optiques, les médicaments, ou créer un forfait hospitalier n’a jamais supprimé le déficit de la Sécu ; la machine folle continue sa route, inexorablement. Et ici les propositions de la Cour des comptes sur les lunettes ou la biologie médicale ne nous sont pas d’un grand secours. Le jour où la Sécu ne remboursera plus rien, elle sera peut-être sauvée, mais devenue inutile.

La solution n’est donc pas de ne plus rien rembourser, mais dans la réforme, dans le changement de système :

·       la capitalisation, maintes fois évoquée dans cette publication, pour les retraites,

·       la privatisation et la mise en concurrence pour l’assurance-maladie ;

·       quant aux familles, la première des réformes consisterait à cesser de les matraquer fiscalement pour leur laisser le fruit de leur travail : il n’y a rien de plus absurde que de leur prendre 100 pour leur en rendre 10 !

Tant que les gouvernements continueront à refuser ces trois réformes, la dette sociale continuera sa course folle et nos enfants et petits-enfants nous maudiront de ne leur avoir légué que des dettes.