Minimiser l'inflation à l’avantage des gouvernements

A la fin du mois de juin, les mauvais chiffres du PIB américain côtoyaient une surprenante poussée d'inflation.

Même au Japon, dans lequel il semble bien que les flèches d'Abenomics n'ont pas franchement atteint leur cible en termes de "croissance" de l'économie, l'inflation se réveille. Le Japon a donc affiché une croissance trimestrielle de 1,6% pour 3,7% d'inflation.

Les quatre principales données économiques médiatisées et auscultées sur lesquelles se prennent les décisions de politique économique sont le PIB, la balance commerciale, l'inflation et le chômage

Aux Etats-Unis, 2,9% de décroissance (baisse du PIB) mesurés au premier trimestre ont accompagné 2,1% de hausse des prix. Certes une hirondelle d'inflation ne fait pas le printemps et l'hiver 2008-2014 fut cruel, mais quand même...

L'or s'est vaguement ébroué pour sortir de sa tanière des 1 200 $ et dépasser les 1 300 $ l'once. L'or déteste les taux d'intérêt négatifs (lorsque le rendement des obligations d'Etat diminué de l'inflation est négatif).

L'or se réveille aussi lorsque la monnaie (qui est essentiellement le dollar) perd son pouvoir d'achat. Normal : ceux qui stockent des dollars (les vendeurs de pétrole et de bidules que les Américains s'arrachent chez Wal-Mart) s'aperçoivent que leur stock perd de sa valeur.

Pourquoi l'inflation est une donnée clé
Les quatre principales données économiques médiatisées et auscultées sur lesquelles se prennent les décisions de politique économique sont :

1.      Le PIB (la somme des biens et services produits telle que mesurée par l'ensemble des dépenses faites pour les acquérir),

2.      la balance commerciale (les exportations diminuées des importations),

3.      l'inflation et

4.     le chômage.

L'inflation est une donnée clé car, sur le long terme, presque toutes les statistiques économiques sont "corrigées de l'inflation".

Par exemple si le PIB est passé de 100 à 105 (donc 5% de croissance) mais que l'inflation est de 3%, le PIB corrigé de l'inflation est de 102 et la croissance corrigée de l'inflation est de 2%.

Vous comprenez avec cet exemple que sous-estimer l'inflation conduit à surestimer la croissance, ce qui est une bonne chose pour le moral des troupes et pour la confiance des créditeurs qui achètent la dette souveraine d'un pays.

Ce n'est évidemment pas le seul avantage qu'ont les gouvernements à minimiser l'inflation.

Leurs deux autres principaux avantages sont :

1.      De percevoir des impôts sur des plus-values fictives et

2.     D'éroder le montant net des prestations sociales et de redistribution qu'ils reversent.

Voici comment fonctionne l'impôt sur les plus-values fictives. Vous avez acheté 100 et, 10 ans plus tard, vous revendez 150. Durant ces 10 années, officiellement, l'inflation cumulée est de 25%. Votre plus-value nette, selon le gouvernement, sera donc de 25% (50% - 25%). Maintenant, imaginez que l'inflation soit réellement de 40% ; votre véritable plus-value nette ne serait que de 10% mais l'Etat vous aura taxé de plus du double, sur une base de 25%... Pas bête !

Côté gouvernement, minimiser l'inflation ne présente que des avantages et strictement aucun inconvénient

Vous voyez donc que, côté gouvernement, minimiser l'inflation ne présente que des avantages et strictement aucun inconvénient.

 

Source : L'inflation ? Quelle inflation ?, Simone Wapler, rédactrice de la Stratégie de Simone Wapler, 18 juillet 2014