Paradis fiscaux: plus de 170 milliards $ proviennent du Canada

Les paradis fiscaux accueillent aujourd'hui 170 milliards $ en provenance du Canada, ce qui inquiète les militants pour l'équité fiscale et les spécialistes de la lutte contre le crime financier.

Statistique Canada confirmait il y a une semaine que 170 milliards $ se trouvent actuellement dans une douzaine de paradis fiscaux. Le chiffre a fait bondir l'association Canadiens pour une fiscalité équitable, qui croit que 60 % de l'évasion fiscale est faite par des individus, comparativement à 40 % par des entreprises.

Son directeur général, Dennis Howlett, dénonce les compressions qui font disparaître 3000 emplois à l'Agence de revenu du Canada. «Nous pourrions recueillir davantage d'argent si plus de ressources étaient consacrées à l'évasion fiscale. Les compressions ne seraient pas nécessaires si le gouvernement allait chercher tous ses revenus.»

La création d'une unité centrée sur les paradis fiscaux lors du dépôt du dernier budget fédéral ne le convainc pas. «Ils y affectent seulement six à 10 personnes. C'est loin d'être assez. Ils ne prennent pas le problème au sérieux.»

Cet argument est véridique, a soutenu Messaoud Abda, directeur du programme sur la lutte contre la criminalité financière à l'Université de Sherbrooke. «Les autorités veulent s'attaquer au phénomène, mais elles réduisent les dépenses de façon égale partout. C'est une erreur. On ne coupe pas dans les secteurs névralgiques comme la santé, l'éducation et la lutte contre le crime.»

«Si l'on ajoutait des moyens pour attraper ceux qui font de l'évasion fiscale, ça réduirait leurs ardeurs, ajoute M. Abda. C'est comme si l'on mettait plus de patrouilles sur les autoroutes pendant un long week-end. Les gens rouleraient plus lentement sur la 10 et la 20.»

Les Canadiens pour une fiscalité équitable prônent aussi davantage de collaboration entre pays contre l'évasion fiscale.

Les gouvernements n'agissent pas toujours pour la vertu, avance Messaoud Abda. «Quand on saisit des actifs, il y a un partage entre les pays. La collaboration est souvent difficile parce que les juridictions ne fonctionnent pas de la même manière. Les pays ne veulent pas non plus perdre leurs avantages lorsqu'ils transigent avec les autres.»

S'assurer que tous paieront leurs impôts

L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a déjà vanté le respect des lois fiscales dans les pays scandinaves malgré un fardeau élevé, souligne Dennis Howlett. «Les gens doivent toutefois savoir que le système est juste et obtenir des services de qualité en échange.»

Les Scandinaves et les Suisses ne sont pas plus vertueux que les autres, croit Messaoud Abda. «Ce sont de petits pays qui jouissent d'une richesse extraordinaire. En Norvège, un fonds souverain pétrolier redistribue des revenus à la population pour un fonds de retraite. Comprimez leurs revenus, ajoutez des taxes et vous verrez le résultat.»

Une solution viable est de hausser le niveau de vie de la population, avance M. Abda. «Je n'ai pas de solution miracle, mais il faut avoir une fiscalité attirante. Laissons tomber les monopoles et encourageons la petite et moyenne entreprise. Les gens qui ne peuvent pas gagner leur vie ont besoin d'une machine allégée pour prendre plus d'initiative.

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