Les banques sous-estiment sciemment leurs risques

Tout est beau dans le monde financier, on a juste à réduire nos risques en les dissimulant.

Pour ceux, qui ont fait des milliards de profits durant cette période,  ils ne sont pas touchables, bien sûr !

Et quand ça va mal, pas de problème, c’est le peuple qui paie les pots cassés.

Le second article du carnet, le démontre assez bien.

J’ai juste changé le titre :

Le peuple Portugais vole à la rescousse de Banco Espirito Santo


Extrait de : Attention danger : les banques sous-estiment sciemment leurs risques, (Ph. Herlin), 11 juillet 2014

"Il ne faudrait plus s’inquiéter pour nos économies, nous expliquent les banques, la crise est passée et les ratios de solvabilité se sont nettement améliorés. Les banques se plaisent en effet à souligner que les risques sont sous contrôle, que leur matelas de liquidité s’avère suffisant.

Le problème est que cette réduction des risques ne provient pas uniquement d’un comportement plus vertueux, mais également en partie de dissimulations.

En effet, "Selon certains analystes, les banques auraient révisé leurs modèles de risque de façon à abaisser leurs niveaux de fonds propres requis, en sous-estimant le risque et en présentant une valorisation optimiste des actifs." Et où lit-on cela ? Dans une obscure publication complotiste ? Pas du tout, et bien au contraire puisqu’il s’agit de rien de moins que du 84e rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI), "la banque centrale des banques centrales", notamment chargée d’édicter les normes prudentielles des banques commerciales dans le monde (Bâle III).

Le rapport précise d’ailleurs, juste après, que "ce phénomène est peut-être l’une des causes de la décote persistante sur le cours des actions des banques par rapport à la valeur comptable de leurs fonds propres. Cette préoccupation a été exacerbée par le constat que les pondérations de risque pour des actifs similaires variaient considérablement d’une banque à l’autre" (page 120). Les investisseurs et les marchés ne croient pas vraiment à une claire amélioration de la situation des banques, et ils délaissent les actions de ce secteur.

Le rapport de la BRI met aussi l’accent sur l’aveuglement des banques vis-à-vis de la dette souveraine, spécialement celle de leur propre pays.

Surtout quand la BCE les oblige à racheter
leurs propres dettes souveraines.

 "Dans l’ensemble, les banques attribuent une pondération du risque nulle à plus de la moitié des titres de dette souveraine qu’elles détiennent" (page 121), ce qui signifie que les banques ne gardent aucune liquidité de sécurité en face de plus de la moitié de la dette souveraine qu’elles détiennent. La Grèce et Chypre n’ont donc pas servi de leçon ? Et quels sont les pays plus particulièrement concernés ?

Le rapport nous le dit également : "Les banques attribuent à la dette souveraine de leur propre pays une pondération du risque considérablement plus basse que celle que lui affectent les banques des autres pays. Ce biais en faveur du pays d’origine est particulièrement prononcé dans le cas des banques portugaises, espagnoles et irlandaises et, à un degré moindre, des banques françaises, britanniques et autrichiennes." Merci à la BRI pour toutes ces informations !

D’ailleurs, comme c’est étonnant, la semaine dernière, coup sur coup, la première banque autrichienne (Erste Bank) et la première banque portugaise (Banco Espirito Santo) ont annoncé de sérieuses difficultés (des provisions sur la Roumanie pour la première, une guerre de succession et des irrégularités comptables pour la seconde) qui ont fait chuter leur cours et, plus grave, qui posent des problèmes systémiques sur le système bancaire de leurs pays. Donc en réalité, si on comprend bien, les banques ne se sont pas vraiment prémunies contre des changements brusques dans leur environnement, et leur sous-estimation des risques les rend plus fragiles face à un événement imprévu… Voilà qui n’est pas rassurant, mais qu’il faut prendre en compte avec le plus grand sérieux, car l’information vient d’un organisme particulièrement bien informé et qui, une fois n’est pas coutume, n’use pas de langue de bois".

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 10 juillet 2014


Extrait de : Le Portugal vole à la rescousse de Banco Espirito Santo, Les affaires,  04/08/2014  

Soucieux de freiner la contagion, l'État portugais s'est résolu dimanche à renflouer à hauteur de 4,4 milliards d'euros la banque en difficulté Espirito Santo (BES), tout en mettant fortement à contribution ses actionnaires. 

Après avoir longtemps écarté ce scénario, le gouvernement puisera ainsi dans l'enveloppe de 12 milliards d'euros réservée aux banques dans le cadre du plan de sauvetage du Portugal négocié avec la troïka (UE-FMI-BCE), dont il restait 6,4 milliards d'euros.

En volant au secours de la banque, mise à mal par les déboires financiers de la famille Espirito Santo, le gouvernement cherche à éviter que l'affaire ne contamine l'ensemble du secteur financier du Portugal, voire de l'Europe.

« Il était urgent d'adopter une solution pour garantir la protection des dépôts », a déclaré le gouverneur de la Banque du Portugal Carlos Costa, en présentant le plan de sauvetage de la banque.

Après avoir publié une perte semestrielle record de 3,57 milliards d'euros, « Banco Espirito Santo présentait un risque de cessation de paiements qui aurait mis en danger le système financier national », a-t-il prévenu.

Les turbulences que traverse BES avaient semé la panique sur les marchés européens début juillet, faisant ressurgir le spectre de la crise de la dette en zone euro.

Face à l'hécatombe du titre en Bourse, qui a été suspendu vendredi après avoir chuté de près de 75% en une semaine, les espoirs de voir la banque attirer de nouveaux investisseurs sans recourir à l'aide de l'État avaient été anéantis.

Pour arrêter l'hémorragie, les autorités portugaises ont décidé de scinder la banque en deux entités, afin de permettre de séparer les actifs toxiques des produits sans risque.

Ce que voulaient faire certains réformateurs américains, pour leurs systèmes financiers, mais comme d’habitude Wall Street a gagné.

Les actifs toxiques, dont les titres de dette à haut risque de la famille Espirito Santo et les parts dans la filiale de BES en Angola, seront logés au sein d'une structure de défaisance (bad bank), chargée de les liquider.

Je me demande, si les dettes souveraines du Portugal
acheté par la banque, est considéré à haut risque …, hum !

L'ensemble des actifs sains seront regroupés au sein d'une nouvelle banque, baptisée Novo Banco, qui sera contrôlée par le Fonds de résolution des banques portugaises, créé en 2012 à la demande de la troïka afin de pouvoir faire face à des crises bancaires.

« Rien ne change pour les clients. Ils pourront réaliser toutes les opérations habituelles sans perturbation. BES deviendra dès lundi Novo Banco, même si les agences garderont dans un premier temps les anciens logos », a fait valoir M. Costa.

Quant à la « bad bank », elle restera entre les mains des actuels actionnaires, qui risquent d'être lourdement pénalisés car ils seront amenés à en assumer les pertes, a prévenu le ministère des Finances.

Parmi les actionnaires figure, avec une part de 14,6%, le groupe français Crédit agricole, qui devra dévoiler l'ampleur des dégâts lors de la présentation de ses comptes mardi.

En vertu des nouvelles règles européennes, les actionnaires et créanciers non prioritaires sont désormais priés de mettre la main à la poche en premier ressort avant qu'une banque ne puisse solliciter une aide de l'État.

D'où la panique des actionnaires de BES, qui ont massivement vendu le titre en Bourse, le précipitant à des plus bas historiques.

Une fois séparés des mauvaises créances, les actifs sans risque auront plus de chance d'attirer des investisseurs privés, notamment des banques étrangères, et de retourner ultérieurement en Bourse.

L'injection de fonds publics est également de nature à calmer l'inquiétude des épargnants, qui ne seront pas mis à contribution.

Comme si les fonds publics, ne sont pas les fonds du peuple ?

« Cela fait un moment que des clients de BES retirent leur argent. Il n'y a aucune raison à cela, mais la panique n'a rien de raisonnable », a commenté à l'AFP Joao Cesar das Neves, professeur d'économie à l'Université catholique de Lisbonne.

Le cas du Portugal est le premier test des nouvelles règles transitoires en vigueur en attendant la mise en place en 2016 de l'union bancaire européenne qui vise à éviter aux contribuables de payer pour les banques.

Attention, l’État a aussi ces limites, si ça va vraiment mal, ils vont imposer une taxe sur les déposants dépassant 100,000 euro.  

La solution trouvée pour Banco Espirito Santo « contribuera à rétablir la confiance dans la stabilité du système financier » du Portugal, a estimé la Commission européenne, qui a jugé le dispositif conforme aux nouvelles règles en vigueur.