Robolution - Avis : humain redondant disponible

« Les musiciens, les écrivains, les peintres, les développeurs de logiciels libres, les parents qui restent à la maison pour s’occuper de la famille, les bénévoles dans une multitude d’associations, tous ont un travail, ils n’en cherchent pas. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous vouer à des tâches non rémunérées.

C’est en même temps une envie, née d’un plus haut degré d’éducation et des nouvelles opportunités offertes par le numérique, et une nécessité économique, les machines et les algorithmes prennent nôtre place, les coûts de production tendent vers zéro et les revenus avec.

Sans changements de notre organisation économique, seuls les propriétaires des robots et des algorithmes, et quelques artistes vedettes et fonctionnaires réussiront à gagner leur vie. Tendance déjà manifeste quand vont voit se creuser l’écart entre les pauvres et les riches.

Le remplacement de l’homme par la machine (ou au tout au moins l’algorithme) dans nombre de ses fonctions. Vieille crainte, me direz-vous, d’être remplacé par des machines. Oui, mais réactivée plus que jamais par l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul et par le constat de certains des analystes les plus subtils des questions numériques.

La classe moyenne est en train de disparaître aux Etats-Unis, ce qu’on craignait depuis la fin du 19ème siècle est en train de se produire.

Belle perspective pour nos futures générations…


Extrait de :  Chez « Associated Press », le robot repère et le journaliste analyse, Elian Peltier, Le Monde.fr 22.07.2014

Chez les journalistes économiques, la rédaction d’articles présentant factuellement les résultats des entreprises n’est pas la tâche la plus populaire.

Mais Associated Press (AP) pourrait alléger ses équipes de cette tâche récurrente. Depuis le lundi 21 juillet, l’agence de presse américaine utilise en effet des robots pour rédiger les bilans de certaines entreprises, dont le fabricant de jouet Hasbro et le conglomérat General Electric.

Les contenus, au format assez court - entre 150 à 300 mots -, sont édités par le logiciel Automated Insights, dont les algorithmes repèrent dans une banque de donnés les chiffres-clés des entreprises. Les « journobots » - contraction de journaliste et de robots - comparent ensuite les résultats d’une année à l’autre, faisant varier verbes et expressions selon la nature des chiffres.

Selon le directeur de la publication d’AP, Lou Ferrara, un robot rédige un article au même rythme qu’un journaliste, mais devrait permettre à l’agence de multiplier par plus de dix la production de contenus. L’objectif est d’atteindre 4 400 articles par mois d’ici à la fin 2014, contre 300 aujourd’hui.

« Je ne peux pas me permettre d’avoir des journalistes qui perdent du temps à répertorier des données. En revanche, j’ai besoin de plus de reportage », a expliqué M. Ferrara à l’institut des médias Poynter, précisant que cette automatisation n’entraîne pas de suppression de postes, mais redistribue les tâches au sein de la rédaction, avec des journalistes qui doivent désormais consacrer plus de temps à l’analyse et à l’enquête.

Jusqu’à présent, chaque contenu produit par un robot est relu par un journaliste et porte la légende suivante : « Cet article a été automatiquement généré par Automated Insights, en utilisant les données de Zacks Investment Research [la base de données qui contient les chiffres des entreprises] ». À terme, AP prévoit de supprimer la relecture humaine, même si les journalistes vont continuer à reprendre les résultats de certaines entreprises : Google, ou encore Apple, devraient ainsi bénéficier d’un traitement de faveur.

« SCIENCE NARRATIVE »

La production automatisée de contenus, aussi connue sous le nom de « science narrative » et développée à l’université de Northwestern, près de Chicago, se popularise dans les médias et les entreprises éditrices de textes. Kris Hammond, chercheur à Northwestern, a estimé que d’ici à 2025, 90 % des contenus accessibles au grand public seraient produits par des robots écrivants. Une proportion qui n’impliquerait pas forcément un remplacement des journalistes par les robots, estime le chercheur, mais un « accroissement gigantesque » du volume de contenus sur le Web.

En mars 2014, le Los Angeles Times a attiré l’attention des médias américains en publiant une alerte de tremblement de terre d’une dizaine de lignes, l’un des premiers contenus grand public écrit par un « journobot ». Le New York Times édite certaines annonces de mariage avec des robots, et AP devrait utiliser Automated Insights pour ses articles de sport universitaire.

Le logiciel d’Automated Insights utilisé par AP pour les bilans trimestriels des entreprises, a quant à lui produit 300 millions d’articles en 2013. En 2014, son fondateur et PDG Robbie Allen prévoit d’atteindre le milliard. « Nous sommes le premier producteur de contenus au monde. C’est plus que tous les médias réunis », a-t-il affirmé au journal USA Today.