L'inefficacité et la théorie du sous-financement des universités

Multiples problèmes, pas nécessairement lier au sous-financement que les professeurs ou les recteurs clament de tous bords.

Tellement facile de dire qu’ils manquent d’argent, peut-être, il faudrait changer le manuel d’opération.

Quel malheur, je ne veux pas, car je me suis bien emmitouflé avec ma sécurité, ma permanence et mon ancienneté agrémentée avec une belle retraite dorée insolvable que l’on passe bien sûr dans les dépenses de fonctionnement sur le dos des étudiants en augmentant constamment les frais universitaires.

Il faudrait peut-être réduire certains privilèges cumulés gagnés par chantage syndical…

Oups ! , je pose des vraies questions ?


Extrait de : Un vieux prof dénonce l'inefficacité des universités, FRANCIS VAILLES, La Presse, 23 octobre 2014

Pierre Tremblay est prof à l'UQAM depuis 28 ans et membre de plusieurs comités. Il dresse un constat sévère: les universités peuvent être clairement plus productives.

«Vous mettez le doigt pile sur le bobo. Les professeurs d'université au Québec n'enseignent pas assez. Et il faut s'interroger sur la pertinence de certains travaux de recherche», dit-il.

Pierre Tremblay n'est pas né de la dernière pluie. Il représente les professeurs à l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec. Il est également membre du comité qui attribue des postes de prof à l'UQAM, entre autres. Et il fut vice-président du Syndicat des professeurs de l'UQAM au début des années 2000.

L'homme de 68 ans réagit à ma chronique de samedi intitulée «Les universités sont-elles inefficaces?». J'y faisais référence à une étude selon laquelle les universités québécoises disposeraient globalement de plus de fonds que leurs concurrentes ontariennes. L'écart de financement Québec-Ontario s'expliquerait notamment par la plus faible charge de travail des professeurs, en moyenne.

En principe, les professeurs doivent donner quatre cours par année, soit deux cours par trimestre (six heures par semaine). Le reste de leur travail est consacré à la préparation des cours, aux suivis avec les étudiants, à la recherche et aux services à la collectivité, entre autres.

Or, dans les faits, les profs ne donneraient pas plus de 3,25 cours par an, comparativement à 3,4 en Ontario(1). À l'UQAM, la moyenne est à 2,8 cours, mais elle oscillerait entre 2,4 et 2,7 en sciences politiques, constate M. Tremblay.

Cette faible moyenne s'explique par les nombreux dégrèvements accordés aux professeurs pour se consacrer à d'autres tâches, par exemple directeurs de programme, superviseurs d'étudiants de 2e cycle (maîtrise) ou responsables de chaires de recherche.

«Il faut absolument faire quelque chose. Les profs n'ont pas de mauvaise volonté, mais c'est la dérive des années. Il faut dresser un portait clair des dégrèvements et identifier les abus», dit Pierre Tremblay, qui dispense ses quatre cours par année malgré ses nombreuses autres tâches.

La situation n'est pas propre à l'UQAM, croit-il, mais touche l'ensemble des universités francophones. «Nous avons suffisamment d'espace pour que chaque professeur donne un cours de plus», dit-il.

Autre questionnement: la recherche. «Je me pose toujours la question pour chaque recherche: est-ce pertinent? Le problème, c'est qu'on a peu de critères. C'est le flou artistique», dit M. Tremblay, selon qui les recherches dans le vaste champ des sciences politiques et sociales sont difficiles à évaluer.

Parfois, les recherches sont «très, très intimistes, avec seulement une centaine de lecteurs», dit le professeur, qui rappelle que les profs sont maîtres de leur temps.

Il se défend de prôner la marchandisation du savoir, c'est-à-dire de vouloir favoriser les sujets de recherche en fonction des impératifs du marché. «Il faut plutôt se demander si les nouvelles recherches font avancer la science et le savoir-faire», dit-il.

Pierre Tremblay n'est pas le seul à s'interroger. Le titulaire d'un doctorat en histoire Frédéric Bastien est encore plus critique. En tant que professeur de cégep, il dispense quatre cours par session, comparativement à deux pour les universitaires, et il dit avoir tout de même du temps pour faire de la recherche... non subventionnée.

«Les universités ne crèvent pas de faim. Il y a trop de dégrèvements au détriment de l'enseignement», dit l'auteur de l'ouvrage sur le rapatriement de la Constitution La bataille de Londres, qui s'est vendu à des milliers d'exemplaires.

L'historien s'interroge, par exemple, sur l'opportunité d'accorder une subvention de 128 000$ pour une recherche intitulée «La masculinité dans les collèges classiques du Québec de 1840 à 1960». «Ce genre de livres est publié, mais n'est pratiquement pas lu. Et on peut multiplier les exemples semblables», dit-il.

L'ex-vice-recteur de l'administration de l'UQAM, Alain Dufour, est tout aussi catégorique. Selon lui, le sous-financement apparent des universités s'explique par le manque de productivité des professeurs, les conventions collectives rigides et le trop grand nombre de campus qui offrent les mêmes formations, entre autres. «Les profs qui donnent des cours de base, comme comptabilité 101, peuvent en faire plus», dit-il

Dans le cas de l'UQAM, Alain Dufour croit que la grande proportion de professeurs en congé sabbatique contribue à abaisser à 2,8 le nombre de cours par professeur. À l'UQAM, 11% du corps professoral peut prendre ce congé de ressourcement de 12 mois chaque année, contre 6% ailleurs.

Je ne sais pas si dans le secteur privé, on est aussi généreux sur les congés sabbatiques, ah oui, nous sommes juste des vaches à lait pour satisfaire la noblesse universitaire.

Autre élément propre à l'UQAM: l'établissement n'offre que trois plages horaires de cours par jour contre quatre ailleurs (les cours débutent généralement à 9h30 plutôt que 8h30), ce qui oblige l'UQAM à louer plus de locaux.

Selon lui, les universités syndiquées auraient avantage à mieux différencier les salaires des profs des différentes facultés en fonction du marché, ce qui donnerait plus de souplesse aux universités pour attirer des candidats prestigieux ou retenir les candidats de secteurs en demande (informatique, finance, etc.).

À l'heure où l'on fait des coupes jusqu'à l'aide sociale aux schizophrènes, n'y a-t-il pas lieu de trouver une façon d'optimiser les fonds mis à la disposition des universités?

Optimiser, un mot, bannit dans un État-providence particulièrement pour la noblesse de la fonction publique et les politiciens. Il maintient l’immobilisme en espérant que les privilèges qu’ils ont acquis par endettement vont se poursuivre éternellement.

More research and more teaching for its tax and tuition dollars

Ontario would get more research and more teaching for its tax and tuition dollars if, like California, it adopted a university funding model that encouraged the minority of faculty who are productive researchers to do more research and the majority to do more teaching.

It could do this by allocating up to a quarter of the operating grant among its 20 universities on the basis of the research contribution of their faculty. (1)


Examinons d’autres problèmes :

1.      Régimes de retraite et les vacances accumulées

Quel malheur, il ne faut pas déranger l’ordre établi, car se sont nos élites, d’autant plus drôle, le principal problème de déficits universitaires est essentiellement attribuable à l’inscription de passifs liés aux avantages sociaux futurs, dont principalement les régimes de retraite et les vacances accumulées.

La structure budgétaire des universités se divise en plusieurs fonds dont les fonctions sont distinctes. Le plus imposant est le fonds de fonctionnement, associé à l’enseignement, à l’administration, au fonctionnement général et aux services aux étudiants. Ce fonds, dans lequel les établissements sont désormais tenus d’inclure des pans comptables majeurs tels les fonds d’amortissement des régimes de retraite, est désormais déficitaire à hauteur de 2,1 milliards (fin 2009-2010). (2)


2.      Iniquité salariale croissante

Iniquité salariale croissante les jeunes que l'on qualifie de «chargés de cours» et les «professeurs titulaires. Et comme aucun professeur n'a pu être démis de ses fonctions, cela fut accompli en offrant moins de promotions aux jeunes.

·         Un professeur à temps plein au Canada gagne en moyenne 87 500$, mais cela ne représente que 53% du personnel enseignant.

·         Le 47% restant, qui regroupe les temps partiels et les chargés de cours, ne gagne en moyenne que 40 000$, malgré leurs 22 années (ou plus) d'éducation. (3)


3.      Évaluation des professeurs universitaires

Au niveau du corps professoral universitaire, il semble que les professeurs ne soient pas imputables à pas grand-chose et ne sont pas évalués adéquatement sur la qualité de leur professorat, vraiment surprenant ?

The findings “suggest a need to better ensure teaching quality is valued, encouraged and rewarded,” the report concludes. The participating universities mostly embraced recommendations that they encourage training and ensure teaching is valued in promotion decisions. Two said they are already working on standardizing and aggregating student evaluations, and plan to make the results available. (4)


4.      Financement par tête de pipe est la seule méthode possible?

Est-ce qu'elle permet le développement des universités?

Est-ce qu'elle sert bien le savoir, l'enseignement, la diplomation, la bonne gestion?

·         Au Québec, les universités sont financées en fonction du nombre d’étudiants, ce mode de financement les pousse donc à se faire concurrence.

·         Depuis quelques années, les différentes universités ouvrent des pavillons dans d’autres villes que la leur, justement, on le devine, pour avoir davantage de « clientèle ».

·         Ces pavillons, il faut les acheter ou les construire, et c’est donc le contribuable qui paie pour les nouveaux bâtiments que les universités se font construire pour avoir davantage de financement.

De plus, si l’on finance par tête de pipe, est-ce que nos critères de sélections n’ont pas à tendance à diminuer, en réduisant nos standards pour avoir plus de financement. (5)