Martin Coiteux, président du Conseil du trésor, une morale responsable ?

Extrait de : Martin Coiteux, président du Conseil du trésor: exit le modèle québécois ?, Olivier Bourque / Argent, 13 octobre 2014

Lorsque l’économiste Martin Coiteux a été nommé président du Conseil du trésor, la gauche québécoise a crié au loup. Sur son blogue, le député péquiste Jean-François Lisée s’est inquiété de le voir arriver à ce poste stratégique et n’a pas hésité à qualifier sa pensée d’anti-modèle québécois.

«Coiteux estime que le Québec n’a pas les moyens de maintenir son filet social», disait-il.

En entrevue, le principal intéressé affirme vouloir aller au-delà des étiquettes. Il présente une image modérée, se dit fier de faire parti du gouvernement Couillard. «J’adhère aux grandes valeurs du Parti libéral du Québec», dit-il.

Mais cette adhésion en a étonné certains dont le chef du Parti conservateur du Québec, Adrien Pouliot qui s’était exprimé sur l’entrée en politique de Coiteux il y a quelques mois. «Je crois que Martin se présente pour un parti qui ne représente pas ses valeurs», disait-t-il au Prince Arthur Herald.

Au contraire, dit Coiteux, il est à l’aise dans le contexte actuel, pour un gouvernement qui veut faire un ménage dans l’appareil. Pour lui, le processus actuel de révision des programmes est une étape obligée afin que le Québec rééquilibre ses finances publiques.

«On peut parler de gauche ou de droite, mais ultimement, en respectant les valeurs de notre société, ce qu’on veut, c’est d’en donner aux Québécois pour leur argent et de cesser de pelleter dans la cour de nos enfants.

Je pense qu’une valeur comme cela, c’est ni de droite, ni de gauche, c’est une valeur de responsabilité», affirme M. Coiteux.

Juste ce commentaire mérite mon attention, il y a-t-il un politicien qui a encore une morale ?

J’ai l’impression d’entendre Québec Droite, Québec Droite, est-il à gauche ou à droite ?

Lorsqu’on lui demande s’il tient réellement au modèle québécois, il adopte un ton rassurant mais avertit qu’il y aura des changements. 

«Le modèle est perfectible. Si le modèle peut payer ses factures en révisant ses programmes, ce sera un modèle d’autant plus fondamentalement intéressant et capable de s’adapter à la réalité du 21e siècle. (…) Notre intention c’est de conserver et de préserver les grandes valeurs et les grands paramètres de ce que le Québec veut comme société en équilibrant le budget. Ça veut dire que certains programmes qui seront moins généreux qu’aujourd’hui. Mais cela, très honnêtement, c’est la manière moderne de faire les choses», affirme-t-il.

Mais bien malin celui qui réussira à lui arracher un aveu sur ce qui s’en vient. Où verra-t-on l’effet le plus prononcé des coupures : congé parentaux, programme des garderies, aide aux entreprises ? Coiteux ne dit rien et affirme que la révision suit son cours.

Austérité ou rigueur ?

En entrevue, Coiteux ne peut gommer un petit côté professoral. Il semble d’ailleurs avoir du Stéphane Dion dans le nez, de par son physique, l’expression précise de son argumentation, un fédéralisme convaincu, son amour évident de la joute politique… la comparaison l’amuse.

«Vraiment ? C’est la première fois qu’on me dit cela», affirme-t-il en riant.

Mais il perd rapidement son sourire lorsqu’on lui rappelle les propos de Pierre Karl Péladeau qui a dénoncé l’austérité prônée par le gouvernement libéral. Coiteux préfère parler de rigueur et fustige l’étoile péquiste.

«De dire que la situation des finances publiques n’est pas sérieuse au Québec, moi j’appelle cela irresponsable.

C’est vendre du rêve. La réalité, c’est que les finances publiques sont dans un état extrêmement sérieux. Juste cette année, 2014-2015, si on n’avait pas pris les décisions, on aurait un déficit de 5,4 milliards $ cette année, plus de 7 milliards $ l’autre année. Alors si M. Péladeau trouve que ce n’est pas sérieux, je ne sais pas où il loge», se demande-t-il.


Et ce n’est pas fini, nous sommes pognés dans la trappe à dette.

TRAPPE À DETTE : On dit donc qu’un pays est dans une trappe à dette quand ses taux d’intérêt sont supérieurs à son ton taux de croissance nominal

Tout va bien : Tant que, le taux de croissance est supérieur aux taux d'intérêt : on crée plus de richesse qu’on en a à rembourser.

Tout dérape : Quand le taux d'intérêt devient plus élevé que le taux de croissance économique.

Elle est en fonction de trois variables :

1.      L’endettement en rapport avec le PIB.

2.      Le taux de croissance du PIB

3.      Les taux d’intérêts payés pour les emprunts


Sur l’action économique du gouvernement critiquée par certains qui raillent le pseudo-effet libéral, Coiteux affirme que beaucoup a été fait durant les derniers mois.

«Le budget de Carlos Leitao a baissé le fardeau fiscal des PME, il a introduit un crédit sur les coûts de transport pour les PME manufacturières, on relance le Nord, on a annoncé des investissements importants dans le gaz naturel liquéfié avec Gaz Métro», dit-il.

D’ailleurs sur ces annonces concernant le Nord québécois critiquées par plusieurs en contexte d’austérité, Coiteux croit au contraire que c’est le temps d’investir même si le prix des métaux est au plus bas. «Le Nord va être relancé. Les courbes vont commencer à s’infléchir. L’investissement privé va augmenter», promet-il.

Loin d’être convaincue, c’est une économie de pauvre, si l’on ne transforme pas la matière première, le coût maintenir les infrastructures dans le Grand Nord et le peu de redevances que ça rapporte, ne mérite pas l’investissement public.

À cause de l’automatisation, ce n’est pas l’extraction qui fait des emplois mais sa transformation.

Lire : À qui profite le Plan Nord ?

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Le Québec a un problème de dette, dit Coiteux

Il n’y a pas que PKP qui croit qu’on dramatise la dette du Québec. L’an passé, l’ex-premier ministre Jacques Parizeau avait souligné que le gouvernement péquiste de Pauline Marois exagérait la menace.

En utilisant le concept des déficits cumulés (qui comprend les actifs du Québec), la dette représente 33 % du PIB, ce qui place le Québec dans la moyenne des pays de l’OCDE. Mais selon Martin Coiteux, la dette est un véritable problème qui est menaçante.

«C’est la dette de l’épicerie. Donc 33 %, c’est épouvantable. Le Québec est une province canadienne. On a la dette la plus élevée de toutes les provinces. Maintenant, si vous nous donnez la part fédérale qui correspond à notre pourcentage de notre population, on a une dette de 95 % du PIB. On est loin d’être dans le milieu», peste-t-il.

Pour vous donnez de l’ampleur de la situation :

Si le Québec assumait une part de la dette fédérale égale à sa part dans la population canadienne, sa dette totale augmenterait de 81%.

Le Québec indépendant se retrouverait avec un ratio de dette par rapport au PIB de près de 87%, ce qui lui confèrerait la 5e place des pays les plus endettés de l'OCDE, derrière le Japon, la Grèce, l'Italie et l'Islande. (1)

Ainsi, la dette directe nette du Québec est passée de 37,6 milliards $ en 1990-1991 à 175,5 milliards $ en 2012-2013

As-t-on vécu sur le dos de nos enfants, depuis 34 ans ?

Dette nette du Québec

Au 31 mars 2014, les résultats préliminaires indiquent que la dette brute s'est établie à 198 052 millions de dollars, ce qui représente 54,3 % du PIB.

L’objectif du gouvernement est de réduire le ratio de la dette brute au PIB à 45 % au 31 mars 2026.

Au 31 mars 2014, les résultats préliminaires indiquent que la dette représentant les déficits cumulés s'est établie à 120 074 millions de dollars ce qui représente 32,9 % du PIB. (1)

M. Coiteux est un politicien, nos dépenses d’épiceries représente plus de 33 %, attention c’est par rapport au PIB.

Mais, quand tu regardes par rapport à la dette brute (198 milliards) :

Le 2/3 de notre dette est pour payer l’épicerie
(120 milliards/198 milliards).

Donc, chers papy et baby boomers.

As-t-on vécu sur le dos de nos enfants, depuis 34 ans ?

Le ministre affirme aussi que l’endettement pèse lourd dans les finances publiques. «On paye environ 10,8 milliards $ en intérêts à chaque année, c’est plus que ce qu’on met dans nos écoles», dit-il.   

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Deux questions à Martin Coiteux

Où logez-vous sur les questions sociales ?

Moi j’adhère à des valeurs de grande tolérance sociale. Je me sens à l’aise au PLQ. C’est un parti qui a toujours respecté les grands équilibres, un parti d’avancement social, qui respecte le choix des individus. Je suis un libéral.

Vous êtes junior en politique, quel est votre politicien modèle ?

J’ai de l’admiration pour les gens qui ont une vision et qui sont capables de s’engager au nom de leurs valeurs. Et dans l’état actuel des choses, dans le système politique d’aujourd’hui, vous me permettrez de dire que j’ai une grande admiration pour mon premier ministre.

On va attendre les vraies réformes ?

Puisque le coût le plus important de l’État est la masse salariale, si l’on ne réduit pas ce monstre sans grande imputabilité, on va juste faire du bruit pour faire du bruit.

Au moins, il y a une morale, mais avant tout c’est un politicien, donc qui va supplanter l’autre ?