Un petit cours 101 sur la mondialisation

Avant d’aller au prochain carnet, le secteur manufacturier du Québec, un petit cours 101 sur la mondialisation affectant sérieusement l’avenir de celui-ci.


1)  La « mondialisation heureuse »: une illusion ?

Le point de vue dominant libéral/mondialiste y clairement exposé : le libre-échange mondial, la dérégulation des économies nationales et la globalisation des grandes firmes et des services déboucherait sur « la mondialisation heureuse ». Selon ces théories, le libre-échange mondial présenterait deux caractéristiques :

A.     Il s’agirait d’un jeu à somme positive ;

B.     Tout le monde y gagnerait !

2)  Les étapes de la mondialisation : diminution des barrières douanières et libération des mouvements de capitaux

La libéralisation des échanges commerciaux va être mise en oeuvre après la guerre entre occidentaux, à l’inspiration des États-Unis. Dès la conférence de Bretton-Woods (1944), un cycle de négociations s’engage pour libéraliser le commerce mondial : il s’agit de procéder à un abaissement des droits de douane et de faire disparaître les normes nationales à effet protectionniste. Ces négociations, cependant, ne concernent pour l’essentiel que les occidentaux et quelques pays non occidentaux membres de l’OCDE, comme le Japon.

La libéralisation du commerce international va changer de dimension et devenir vraiment mondiale à compter du moment où la Chine décide, au début des années 1980, tout en restant dirigée sur un mode autoritaire par le parti communiste, de participer elle aussi progressivement à la mondialisation de l’économie. La chute du « Mur » (1989) et la disparition des blocs accentuent à leur tour la mondialisation. L’économie libérale, qui ne concernait jusque-là que l’occident, va dès lors être adoptée par la quasi-totalité des pays de la planète.

Dans ce contexte d’élargissement géographique de la mondialisation, les États vont prendre à partir des années 1980 deux types de décisions pour développer les échanges commerciaux internationaux :

A.     Ils vont d’abord décider d’accentuer la libéralisation du commerce extérieur. Les cycles de négociation du GATT, devenu OMC, ne concernent plus cette fois les seuls occidentaux mais la majorité des pays. Ces négociations aboutissent à la poursuite de la politique d’abaissement des droits de douane et des barrières non tarifaires d’une part ; et à l’ouverture de secteurs jusque-là protégés de la concurrence internationale (comme le textile) d’autre part.

B.     Les États participant à la mondialisation vont décider d’autre part de libéraliser les mouvements internationaux de capitaux. Jusqu’aux années 1980 il existait dans la plupart des pays un « contrôle des changes » : toute opération de change de monnaie ne pouvait s’effectuer qu’avec l’accord des autorités publiques, l’objectif du contrôle des changes étant d’empêcher les sorties massives de capitaux hors du territoire national et de protéger la valeur de la monnaie nationale.

Dans les années 1980, conformément aux principes de l’économie libérale, les États (occidentaux du moins) qui pratiquaient un contrôle des changes ont décidé de le supprimer et de libéraliser les mouvements de capitaux.

3)  La mondialisation un argumentaire grossièrement mensonger

·       Le scénario de la mondialisation heureuse suppose tout d’abord que des pays comme le Canada soient à même de maintenir durablement leur position dans les secteurs à forte valeur ajoutée. Or,  la Chine ou l’Inde sont capables à terme de développer eux aussi (et à moindre coût) une production dans les domaines de haute technologie (informatique, télécommunications, biotechnologies, nanotechnologies…).

« Si le capital et la technologie migrent là où le travail
est le moins cher, il n’y a plus d’avantages comparatifs »

·       L’argumentaire pro mondialisation n’est pas recevable, en second lieu, parce que le nombre des emplois supprimés par la désindustrialisation est de toute évidence très supérieur au nombre des emplois générés par la nouvelle économie mondialisée (dans les secteurs de la haute technologie, de la finance …)

Le constat découle mécaniquement de la nature même du processus de délocalisation.

·       Les activités à haute valeur ajoutée incorporent davantage de technologie, c’est-à-dire qu’elles requièrent davantage de « facteur capital (savoir) ». Les types de productions délocalisées sont celles qui au contraire utilisent un « facteur travail (main d’oeuvre) » important.

·       Pour le pays qui délocalise et se spécialise sur la production fortement capitalistique, le solde en emplois liés directement à la spécialisation internationale est donc nécessairement négatif, savoir-faire élevé, mais peu d’emplois.

·       Les partisans de la mondialisation insistent, on l’a vu, sur le fait que les pays développés, s’ils doivent abandonner les emplois industriels peu qualifiés au processus de délocalisation, peuvent en revanche conserver les emplois qualifiés liés aux activités hautement technologiques. Or l’on constate que la délocalisation concerne désormais également des emplois qualifiés. C’est ainsi que les activités de recherche-développement des entreprises font désormais également l’objet de délocalisations.

·       L’argument selon lequel le rattrapage progressif des salaires dans les pays émergents supprimera à terme l’intérêt de procéder à des délocalisations ne nous paraît pas davantage recevable. Le processus de rattrapage, en effet, s’il se produit jamais, sera d’une durée telle qu’il n’empêchera pas la désindustrialisation complète des pays occidentaux de se produire d’ici là.

4)  La mondialisation a été décidée et organisée par les dirigeants occidentaux

 

Il faut ici insister sur un point décisif.

La mondialisation, contrairement à ce que cherchent à faire croire les politiciens et les oligarques, ne s’est nullement imposée aux pays occidentaux. Ce ne sont pas la disparition du bloc de l’Est et le changement de politique de la Chine qui expliquent, à eux-seuls et au premier chef, les délocalisations et l’effet de dumping général qui les accompagne.

Délocalisations et dumping n’ont été rendue possibles que grâce aux décisions stratégiques évoquées plus haut, prises en toute conscience par les dirigeants occidentaux, sous l’influence des Etats-Unis : l’abaissement des barrières douanières et la libération des mouvements de capitaux

5)  La hausse du pouvoir d’achat

Grâce à la baisse des prix des biens et services que nous consommons. Cette baisse peut provenir d’une augmentation de la productivité ou de l’achat croissant de biens importés qui coûtent moins chers parce qu’ils sont fabriqués dans des pays à bas salaire. Avec la mondialisation dérégulée, c’est ce facteur qui est prédominant.

Telle est l’équation de la mondialisation heureuse ! Dans les premières années de celle-ci, cela s’est produit grâce à l’arrivée massive sur le marché de biens de consommation et d’équipement à très bas coût.

6)  Chantage à la délocalisation

Ce temps est maintenant révolu. Car l’ouverture des frontières n’a pas pour seul effet de laisser entrer des produits à bas coût. Assez rapidement, elle met sous pression les sa­laires, notamment via le chantage à la délocalisation.

Et comme la baisse des salaires n’est jamais assez importante pour concurrencer la main d’oeuvre chinoise ou mexicaine, elle débouche in fine :

Sur la destruction des emplois et la désindustrialisation progressive du pays.

Nous en sommes là ! Et encore, le terme de désindustrialisation ne donne pas la juste mesure du phénomène et les services sont également touchés.

Après la baisse des salaires, c’est plus de salaire du tout !

7)  Gagnant à court terme, mais perdant à moyen-long terme

L’équation de la dérégulation totale des échanges est donc gagnante sur le court terme, mais nécessairement perdante à moyen et long terme.

8)  Devant l’échec de la mondialisation les États-Unis redeviennent protectionnistes.

Au cours des dernières années, on assiste aux États-Unis à un phénomène de « relocalisation », voire de protectionnisme. Les donneurs d’ordres se tournent de plus en plus, sous le couvert du « Buy America Act », vers le « Made in USA », ce qui pénalise grandement les manufacturiers de la province du Québec.

Betty Sutton (former U.S. Representative for Ohio's 13th congressional district ), by using data from the Bureau of Labor Statistics, had found that there were 398,887 private manufacturing establishments of all sizes in the United States during the first quarter of 2001. By the end of 2010 however, the number of factories had declined to 342,647, a loss of 56,190 facilities. Over a period of those 10 years, that worked out to be an average yearly loss of 5,619 factories.

Since 2010, however, that number has fallen even further — from 342,647 in 2010 to 334,800 by the end of 2012 — for an additional loss of 7,847 more manufacturers in two years alone. That's over 64,000 lost manufacturers just since Bill Clinton signed into law the U.S.- China Relations Act of 2000, which granted permanent normal trade relations status to the People's Republic of China.

Betty Sutton had noted that many big companies have not created jobs in the U.S. — but instead, they’ve taken many of their jobs to countries with the cheapest labor, the least regulations and the fewest labor rights. As the Wall Street Journal had reported in 2012, "Thirty-five big U.S.-based multinational companies added jobs much faster than other U.S. employers in the past two years, but nearly three-fourths of those jobs were overseas."