S'il avait une dette équivalant à 10% de l'économie au début des années 1970, le Québec verrait sa situation financière se détériorer en raison d'un manque de rigueur budgétaire.

Ces affirmations apparaissent dans un rapport publié mercredi par le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal. Il est intitulé «L'heure juste sur la dette du gouvernement du Québec».

Ainsi, le Québec avait une dette consolidée de 174 G$ en 2014, une fois les actifs financiers nets soustraits du total. Sinon, la dette brute s'élevait à 197 G$. Environ 120 G$ de dette proviennent des déficits accumulés du gouvernement provincial.

«La situation était beaucoup plus rose dans les années 1970, soutient le chercheur Robert Gagné. Depuis 40 ans, seulement six budgets ont été équilibrés.»

Ce qui inquiète le chercheur de HEC est de constater que la dette brute équivaut à 54,3% de la taille de l'économie, contre 45% en Ontario. Il s'agit de 24 172 $ par habitant ici, contre 23 084 $ chez les voisins.

La dette du Québec est ainsi la plus élevée parmi les provinces canadiennes. D'autre part, seul neuf pays de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) ont une dette plus importante, dont la Grèce, l'Espagne et le Portugal.

«Nous avons regardé tous les angles possibles et le Québec est bon premier pour l'endettement au pays», précise M. Gagné.

Pourquoi ?

Notamment, des articles de la Loi sur l'équilibre budgétaire ont été suspendus avec la crise économique de 2008 et 2009. La dette a conséquemment crû à un rythme de 4,57% par année depuis, contre 2,96% pour l'économie.

Le rapport signale d'autres décisions prises par le gouvernement. Les changements comptables ont ajouté les obligations des régimes de retraite au bilan. Les investissements en immobilisations ont été étalés à travers le temps.

Même si les investissements sont sains, ils entraînent des intérêts. Le service de la dette de 10,6 G$ en 2014 équivalait à 11% du budget annuel. Il réduit la marge de manœuvre. L'État emprunte donc pour financer les dépenses courantes et bâtir des infrastructures.

Robert Gagné estime que la rigueur budgétaire permettra de mieux financer les services à la population. «Plus votre dette grossit, plus vos dépenses augmentent. Ce sont 10 à 12 milliards que nous n'avons pas pour aider les enfants dans les écoles et les malades dans les hôpitaux.»

M. Gagné recommande de remettre en vigueur les articles suspendus de la Loi sur l'équilibre budgétaire, tout en permettant d'enregistrer un déficit si l'économie va mal. Il exige que des objectifs clairs soient fixés et respectés.

Sinon, lance-t-il, les agences de notation de crédit abaisseront leurs cotes pour le Québec. La conséquence serait une plus grande austérité. «Un gouvernement ne peut pas faire faillite mais il peut.

Note: Encore, là, on ne compte pas toutes les dépenses hors du périmètre comptable.