Les médecins du Québec : des fonctionnaires camouflés avec une imputabilité et efficacité douteuses


« Le Québec, croyez-le ou non, ne dispose même pas d'un système d'information suffisamment précis pour déterminer le prix unitaire de quoi que ce soit. On ne sait même pas combien coûte ce que l'on administre »,
Malheureusement, il a raison, tous les lobbyistes refusent le changement y compris sa propre fédération, tout le monde se graisse la patte et personne n’est imputable de rien.

3 articles sur le sujet.

Extrait de : Des médecins dénoncent la hausse de leur salaire, Élisabeth Fleury ,Le Soleil, 11 décembre 2015

Des médecins omnipraticiens et spécialistes s'insurgent contre la politique du «deux poids, deux mesures» appliquée par le gouvernement Couillard en matière d'octroi des budgets publics, estimant la hausse de leurs salaires parfaitement «indécente» dans le contexte d'austérité actuel.

Pendant que le gouvernement négocie pour diminuer autant que possible le salaire des travailleurs du système public et qu'il sabre dans les budgets des écoles, des CPE et des établissements de santé, la rémunération des médecins croit de façon exponentielle, dénonce le regroupement Médecins québécois pour le régime public (MQRP) dans une prise de position écrite diffusée vendredi.
«Comment peut-on justifier de telles hausses à une classe professionnelle déjà bien nantie alors qu'on propose des hausses moindres que l'inflation aux employés du front commun?» demande le regroupement, dont les membres sont témoins dans leurs propres milieux de suppressions de postes, de rationnement dans les fournitures accessibles à leurs patients, de fermetures de cliniques externes, d'abolitions de programmes de soins et de compressions majeures en santé publique.

En fait, les employés du secteur public sont trop payés par rapport au secteur privé, ils ont trop d’avantages sociaux et sont peu efficaces à cause de la sécurité, permanence et ancienneté, c’est surtout sur cet aspect que le gouvernement devrait travailler, par contre, il préfère couper les services, plus faciles.

«Ces coupes fragilisent le système, précarisent l'accès aux soins et ouvrent la porte de plus en plus grande à la privatisation.

Ce qui n’est pas une mauvaise chose, car le privé est imputable, car il doit être efficace pour maintenir sa rentabilité. De plus, le client est considéré comme un client, non pas, comme un numéro de la carte d’assurance maladie.


L'austérité et l'équilibre budgétaire à tout prix ont des impacts sur l'accès aux soins, mais notre société ne verra pleinement les conséquences de ces compressions que dans 10 à 20 ans», avertit-il.

On voit déjà les conséquences, temps d’accès de plus en plus long, de plus, les études sont claires si on ne fait pas un changement à 180 degrés, on se dirige vers une faillite du système.
Le regroupement s'en prend également au régime fiscal actuel qui dispense les mieux nantis de payer leur juste part, faisant notamment référence à la possibilité qu'ont les médecins de s'incorporer.

Investir ailleurs

En entrevue au Soleil, la présidente du regroupement, la Dre Isabelle Leblanc, a dénoncé les ententes négociées à huis clos avec les fédérations de médecins.

«Il y a beaucoup de médecins qui ne sont pas d'accord avec les hausses qui nous ont été accordées et qui préféreraient qu'on prenne une partie de cet argent pour l'investir dans le système de santé. Le salaire des médecins n'est pas l'endroit où investir à l'heure actuelle», a dit la Dre Leblanc, selon qui il faudrait une réelle volonté politique pour procéder à une «grande réforme» du système de rémunération des médecins.

Une chance que certains médecins ont encore un sens moral, quand tu fais un salaire de fonctionnaires de 8 à 15 fois le salaire médian du peuple, j’aurais une petite gêne.

«Le paiement à l'acte en soins de première ligne, c'est loin d'être le mode de rémunération idéal» parce qu'il favorise une approche productiviste et qu'il offre peu d'incitatifs à la qualité et à la pertinence des soins, juge celle qui souhaite la tenue d'états généraux sur la santé.

Bien sûr, on le sait depuis longtemps, mais, quand le gouvernement ne veut pas attaquer les problèmes de fonds pour ne pas traumatiser l’ordre des médecins, on tourne en rond.

La Dre Leblanc en a par ailleurs contre l'insuffisance des moyens déployés par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) pour faire cesser les pratiques de surfacturation médicale.

«Est-ce que c'est parce qu'elle n'est pas capable ou parce qu'elle ne veut pas? Toujours est-il que dans le dossier des frais accessoires, elle n'a pas fait grand-chose malgré qu'on lui ait plusieurs fois soumis le problème», déplore la présidente du regroupement de médecins, tout en insistant sur le fait que les «facturants déviants», comme ceux qui réclament à la RAMQ jusqu'à 5000$ en moins d'une journée pour participer à des séances de vaccination qui ne requièrent nullement leur présence, ne sont heureusement qu'une minorité.

Il n'empêche, «la RAMQ doit mettre ses culottes et faire des enquêtes quand un médecin lui fait des réclamations excessives», croit la Dre Leblanc.

C’est justement pourquoi la fonction publique n’est pas efficace, elle est imputable de rien, car ce n’est pas son argent, c’est l’argent de peuple, et quand, il en manque on taxe plus.

Le problème, selon elle, c'est que les inspecteurs ne sont pas suffisamment nombreux et que le système de rémunération des médecins est «tellement compliqué».



(Québec) ÉDITORIAL / Le gouvernement pourra se targuer d'avoir repris vraiment le contrôle des finances publiques du Québec le jour où il contrôlera de façon plus serrée et plus transparente la rémunération des omnipraticiens et des médecins spécialistes. Avec le constat que vient de dresser la vérificatrice générale Guylaine Leclerc, les ministres libéraux devraient se garder de se péter les bretelles.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux accapare près de la moitié du budget du Québec. Avec le vieillissement de la population, avec le développement de nouvelles molécules et de technologies coûteuses, limiter la croissance des dépenses dans ce secteur exige une rigueur exemplaire et des choix judicieux afin de maximiser l'utilisation des fonds publics et de répondre aux besoins de la population.

Pour maximiser, il faut renégocier les droits acquis (sécurité, permanence et ancienneté) pour augmenter la productivité, réduire les bénéfices marginaux, tel que les retraites dorées qui sont insolvables et même ceux qui reçoivent déjà des prestations sans cela on va dans le mur. Si on n’attaque pas les problèmes à la source, on ne fait que du bruit pour faire du bruit.

Or, le dernier rapport de la vérificatrice expose que l'optimisation des ressources n'est pas au rendez-vous lorsqu'il s'agit de la rémunération des médecins. Qui plus est, que la Régie de l'assurance maladie du Québec  (RAMQ) ne prend pas suffisamment en compte les risques d'erreur ou de fraude relatifs à la rémunération de ces derniers. La paye des médecins représente pourtant 62 % des dépenses de programmes de la RAMQ.  

Voyons les trouvailles de la vérificatrice. Les ententes convenues entre Québec et les deux fédérations de médecins coûteront 416,7 millions $ de plus que prévu à l'État. Le ministre Gaétan Barrette faisait pourtant miroiter des économies de 394 millions $ lorsque les parties ont convenu d'un accord à l'automne 2014 sur l'étalement du rattrapage salarial.  Aujourd'hui, on comprend mieux pourquoi les délégués de la Fédération des médecins spécialistes du Québec ont accepté cette entente dans une proportion de 97 %. Ils n'étaient nullement perdants. 

L'équipe de Mme Leclerc constate aussi que la plupart des mesures incitatives consenties aux médecins pour améliorer l'accessibilité aux services l'ont été sans être accompagnées de cible ni d'aucun indicateur pour permettre d'évaluer leur efficacité.

Évidemment, sont imputables de rien, car, ce n’est que l’argent du peuple.

Québec a ainsi versé 425 millions $ aux omnipraticiens et 495 millions $ aux spécialistes sans garantie de résultats.  

S'ajoutent à ce tableau navrant les lacunes observées à la RAMQ (des médecins peuvent facturer 90 patients par jour, avoir 4000 patients alors que la moyenne est de 1200 ou surestimer leurs réclamations). Bref, tout pour réjouir les médecins et accroître le cynisme, mais rien pour rassurer les contribuables et les patients en attente de soins.

Comme si ce n'était pas assez, le premier ministre Philippe Couillard traite le dossier comme s'il s'agissait d'un détail. L'argent versé en trop n'est pas récupérable. «On va essayer de rétablir ce qui est possible pour l'avenir. Ce qui est déjà engagé, si c'était de façon artificielle, on pourrait en discuter, mais chaque dollar a été lié à un service à un patient», a déclaré le plus sérieusement du monde M. Couillard.

Comme si les médecins n'auraient pas pu soigner plus de gens sans une majoration aussi substantielle de leur rémunération et que le ministère n'aurait pas pu utiliser ces millions de dollars pour améliorer les soins aux malades ou pour hausser un peu le salaire des autres employés de la santé et des services sociaux.

Il ne faut surtout pas traumatiser l’ordre des médecins
et ces petits amis, oui, ça fait dur !

Le réseau compte 309 000 personnes, dont 20 883 médecins et spécialistes. En 2013-2014, note la vérificatrice, la rémunération de ces derniers a monopolisé 28 % des 22,7 milliards $ liés aux dépenses de rémunération. Aucune remise en question (mode de rémunération, analyse des pratiques pour éviter le surdiagnostic) n'est pertinente à cet important poste budgétaire?

Au lieu de demander à des patients de payer 50 millions $ de leurs poches en frais accessoires et de maintenir la taxe santé jusqu'en 2019-2020, Québec devrait regarder de ce côté.



En regard que la vérificatrice générale du Québec vient de porter sur la rémunération des médecins est désespérant.

On savait déjà que le système québécois de rémunération à lacte est une aberration en soi. 

Face à une demande de soins de santé qui nest pas plafonnée, les médecins dispensent des services qui sont gratuits aux yeux des patients, mais payés sans vérification a priori par la Régie de lassurance maladie du Québec (RAMQ) à partir dun code de 11000 actes médicaux différents.

Le rapport de la vérificatrice, Guylaine Leclerc, confirme aussi linefficacité de notre système de santé. Alors quon multiplie les primes aux médecins dans le but daméliorer les services à la population, on constate que les résultats ne sont pas au rendez-vous, même si les coûts grimpent en flèche. Pire, on apprend aus­si que la RAMQ fait mal son travail et que sa gouvernance est inepte.

Dépassement de coûts ahurissant

Lun des constats les plus ahurissants du rapport est le dépassement de 417 millions de dollars de la rémunération des médecins par rapport aux enveloppes budgétaires annuelles accordées pour la période 2010-2015, alors que le ministère était dirigé par le Dr Yves Bol­duc. Or, le premier ministre, le Dr Phi­lippe Couillard, vient de nous dire que cet argent nest pas récupérable. Il faut aussi savoir que les médecins continuent d’être payés si une enveloppe se révèle insuffisante, mais quils récupèrent lexcédent dune enveloppe non dépensée totalement. Un traitement unique!

On apprend aussi que les économies nettes de 394 M$, qui devaient résulter de laccord sur l’étalement de la rémunération conclu en novembre 2014 sous la direction du Dr Gaétan Barrette pour la période 2014-2015 à 2021-2022, ne se réaliseront pas.

Raisons :
1) les sommes à étaler sur huit ans ont été sur­évaluées;
2) les augmenta­tions de rémunération liées à l’évolution de la pratique médicale ont été revues à la hausse.

Quant aux sommes qui seront retournées aux médecins de 2018-2019 à 2021-2022 pour rattraper les revenus reportés, elles seront versées selon des paramètres établis par les syndicats de médecins. Le gouvernement ne pourra donc pas les utiliser pour influer sur les comportements et les pratiques des médecins.

(Beaux conflits d’intérêts)
Des mesures incitatives sans résultat

Autre constat décevant: les mesures incitatives négociées par les ministres de la Santé (tous des médecins) et les syndicats pour améliorer les services (inscription de nouveaux clients, ajouts dheures travaillées, paiements de frais de cabinet, pratique polyvalente, forfait de garde, etc.) nont pas vraiment accru laccessibilité aux soins. Sur 33 mesures incitatives basées sur la rémunération des médecins pour accroître les services, 30 navaient aucune cible de résultat, et aucun plan daction n’était prévu si la cible était ratée.


Imputabilité et inefficacité inacceptable

Autre exemple de mauvaise gestion, aucune étude des frais de cabinet des médecins na été réalisée. Le ministère et les fédérations nont pas créé non plus les comités quils avaient convenu de mettre sur pied pour étudier les écarts entre la rémunération des médecins du Québec et celle des médecins des autres provinces.

Si on ne se compare pas, on a pas besoin d’être efficace.

Gestion des risques aberrante

Selon la vérificatrice générale, « la RAMQ na pas déterminé clairement les risques liés à la rémunération, les contrôles nécessaires à cet égard et les responsabilités des intervenants exerçant ces contrôles ». De plus, aucun coordonnateur nassure une gestion globale et optimale de ces contrôles. Cest aberrant.

6,3 milliards de budgets pour la rémunération, mais aucun patron pour superviser, si c’était dans le privé, une bonne gang serait mise à la porte immédiatement, pas grave c’est l’argent du peuple.

La RAMQ paie les médecins sans vérification préalable des factures des médecins. En 2014, seulement 2% des 17 542 médecins payés par la RAMQ ont vu leur facturation faire lobjet dune analyse. On étudie a posteriori des factures qui montrent une très forte hausse de rémunération, comme sil ne pouvait pas y avoir de fraude par des médecins dont les factures ne s’éloignent pas trop des moyennes. Le rapport a noté trois profils de facturation à risque qui nont fait lobjet dau­cune démarche: des mé­de­cins ont plus de 4000 patients ins­crits, alors que la moyenne est de 1 200; des médecins ont accru leur rémunération de 50 à 100% en une année; des médecins rencontrent jusqu’à 90 patients par jour. La RAMQ utilise quatre médecins­conseils pour faire des analyses a posteriori, mais ceux-ci travaillent sans balises claires.

4 médecins pour superviser 6,3 milliards, cela pue littéralement le conflit d’intérêts, allons-y gaiement tout est permis.

Alors que la RAMQ paie des milliards aux médecins (6,3 G$ en 2013-2014), ce qui constitue un enjeu énorme en matière de risques, son conseil dadministration, qui est formé de bénévoles, na pas de comité de gestion des risques, une tâche qui est confiée au comité daudit.

Sur 15 personnes, le CA de la RAMQ compte 11 membres provenant du monde de la santé, dont trois médecins parmi lesquels figurent les présidents des deux syndicats de médecins, qui sont en conflit dintérêts entre la défense de leurs membres et la protection des contribuables. Un autre exemple de mauvaise gouvernance dans un organisme public.

On protège qui, les médecins ou l’intérêt du peuple ?