Uber est clairement une innovation de nouveau marché

 


Être conduit chez vous dans la voiture d'un particulier, vivre quelques jours dans le logement d'un Parisien, louer la scie ronde d'un voisin, ou son auto, trouver un amant des animaux pour garder pitou pendant vos vacances, embaucher de l'aide pour assembler un meuble en kit...

Voici un échantillon de ce qu'offrent diverses plateformes électroniques, qui permettent aux consommateurs de contourner les canaux commerciaux habituels pour faire des affaires entre eux.

Propulsée par les nouvelles technologies facilitant les échanges, l'économie du partage explose : selon une étude de PricewaterhouseCoopers, elle représentera un marché de 335 milliards dans 10 ans, par rapport à 15 milliards en 2013.

Les entreprises traditionnelles (taxis, hôtels) crient à la concurrence déloyale, puisque ces réseaux échappent aux règles et aux lois qu'eux doivent respecter. Mais le Bureau de la concurrence fédéral est d'avis que « ces nouveaux modèles d'affaires ont le potentiel nécessaire pour offrir d'importants avantages aux consommateurs en stimulant la compétition ». Résultat : diminution des prix et meilleurs services.

Réf : Économie du partage: la revanche des consommateurs?, La Presse.ca, 23 mars 2015


Mais qu’est-ce qu’une innovation de rupture? A propos d’Uber…

Publié le 23 novembre 2015

Uber est clairement une innovation de nouveau marché. L’offre ne constitue pas une version simplifiée de l’offre des taxis, débarrassée de fonctionnalités inutiles. Elle constitue même, en certains points, une amélioration: commande beaucoup plus facile, qualité améliorée, etc. Mais ces améliorations sont continues, c’est à dire qu’il serait très facile pour les taxis d’y répondre: créer une app permettant de réserver un taxi en quelques clics (c’est d’ailleurs déjà annoncé), améliorer leur service (là ça sera plus dur), etc.

Pourquoi Uber réussit-il donc? Une explication avancée par Christensen est que les taxis sont une industrie régulée, dans laquelle l’innovation n’a pas été nécessaire, et donc la croissance est bloquée par le numerus clausus que la profession s’est imposée elle-même et qu’elle a défendu becs et ongles depuis des années. En outre, historiquement les chauffeurs de taxi ont un modèle biaisé: ils gagnent peu pendant des années et touchent le pactole pour leur retraite en revendant leur licence.

Ils n’ont donc pas intérêt à améliorer leur service, dans la mesure où leur véritable gain dépend moins de la qualité de leur travail que du fait que le nombre de taxis soit très inférieur à la demande, condition de la forte valeur de la-dite licence. Handicapée par cet énorme boulet, la profession n’a pu qu’observer avec consternation l’arrivée d’Uber qui a amélioré tous les points problématiques du marché en quelques clics et avec une profonde compréhension de la motivation des chauffeurs indépendants à rendre un service de qualité sous peine d’être évincé du système, là aussi en quelques clics.

La force d’Uber (et de ses concurrents), ainsi donc, est de n’être pas régulé. Lassé de la qualité misérable du service offert par les taxis, les clients étaient depuis des années prêts à sauter sur la moindre offre alternative pour peu qu’elle soit crédible. En outre, Uber cible directement les clients habituels des taxis, et n’élargit pas forcément, du moins dans un premier temps, sa cible aux non-consommateurs, c’est à dire ceux qui ne prenaient pas le taxi. On peut même observer qu’Uber n’est pas positionné en dessous des taxis uniquement parce que ceux-ci sont descendus tous seuls.

On se trouve donc dans une situation stratégique classique qui correspond à une entrée sur un marché face à un adversaire qui n’est pas motivé pour répondre (comme Microsoft face à Firefox en 2005) ou qui n’en a pas la possibilité.

En ce sens, on voit qu’Uber est différent d’AirBnB, par exemple, qui est lui un vrai disrupteur: l’offre est inférieure à celle d’un hôtel classique et elle vise une catégorie de non-consommateurs.

Extrait d’un article : Mais qu’est-ce qu’une innovation de rupture? A propos d’Uber…