Le texte de Paul Jorion pour la Nuit

Je suis entièrement d’accord avec la position de Paul Jorion.

Soyez assuré, il va avoir de plus en plus de conflits sociaux dans le monde, si on ne rééquilibre pas de la distribution de richesse et on ne donne pas de l’espoir à nos jeunes dans les pays occidentaux.


Le texte préparé de mon intervention à la Nuit debout à Paris le 21 avril 2016

Bonsoir Nuit debout de Paris, bonsoir Nuit debout de France, bonsoir Nuit debout de partout ! « Légitime est votre colère ! », comme dit la chanson. [Gloire au 17ème]

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© Pierre-Yves Dambrine

Je m’appelle Paul Jorion, je suis anthropologue. J’ai un blog, j’écris aussi des livres où j’essaie de dire ce qui n’est jamais dit nulle part. Comme vous ici à Nuit Debout qui venez dire – qui prenez la parole parfois pour la première fois -, ce qui n’est dit nulle part !

Vous venez dire ici à Nuit Debout que notre véritable constitution, ce sont les règles comptables, qui prétendent que le travail est un coût qu’il faut absolument réduire à zéro, et qu’il faut pour cela aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh, alors que les dividendes des actionnaires et les bonus des patrons sont eux des parts de profit, au montant potentiellement infini. Le mépris du salarié, c’est dans nos règles comptables qu’il est inscrit, qui sont notre véritable constitution, écrites dans des paradis fiscaux par des gens qui n’ont pas de comptes à rendre aux gens comme nous, seulement aux banquiers.

Les banquiers, leurs cabinets d’affaires de juristes, leurs comptables, comme les bureaucrates de la Commission européenne à Bruxelles, de la Banque centrale européenne à Francfort, du Fonds Monétaire International, de la Banque mondiale, ce sont les prêtres d’une Religion féroce, celle qui subordonne des personnes de chair et de sang à des objets sans vie, qui les assujettit aux yachts de leurs patrons, à leur tas d’or, les aristocrates tout puissants d’un fascisme en col blanc qui s’appelle l’ultralibéralisme. Son armée et sa police, ce sont les « marchés », et la démocratie, il s’en fout.

Vous venez dire ici à Nuit Debout que le travail disparaît. Le travail qui demande à être habile de ses mains est remplacé par celui des robots, et celui qui demande à être intelligent est fait par des algorithmes, qui le font mieux que nous, plus vite, et qui ne se plaignent jamais – le rêve des patrons ! Les seuls boulots qui nous restent sont les « boulots à la con ». Le travail des robots ne sert plus qu’à faire gonfler les dividendes et les bonus démultipliés des patrons.

Tout dans notre monde est rapport de force : les prix expriment le rapport de force entre acheteur et vendeur, le taux d’intérêt celui entre prêteur et emprunteur. Les entreprises sont organisées comme des armées d’opérette, avec lieutenants et sous-lieutenants, caporaux et sous-caporaux. Les mutineries sont rares et quand elles ont lieu elles se terminent dans le sang.

Vous êtes ici pour sauver le monde car il ne se sauvera pas de lui-même, par la dérégulation et la main invisible d’Adam Smith. Nos dirigeants et leurs patrons ne nous aideront pas à le sauver une fois encore que si « ça leur rapporte », que si ça fait encore gonfler les bénéfices, parce que le combat de la vie contre la mort, ils s’en foutent, « car ce sont des tyrans » ! [La butte rouge]

Vous avez raison d’être ici. Votre présence ici à Nuit Debout fait peur aux prêtres de la « Religion féroce. Vous ne savez pas encore ce que vous allez découvrir, mais ils tremblent déjà.

Le monde vous regarde, le monde vous admire, continuez, continuons !