Il est plus difficile pour un pauvre de devenir riche

Comment l’État aggrave les disparités économiques

Publié le 17 juillet 2016 dans Monnaie et finance

clip_image002Selon Piketty, les marchés sont responsables de l’accroissement des inégalités économiques. Mais ce sont les États eux-mêmes qui sont la cause des hausses des inégalités qu’ils prétendent combattre.

Par Philipp Bagus.

Le dernier livre best-seller de Thomas Piketty, Le Capital au XXième siècle  porte sur l’augmentation des inégalités liées au capitalisme. Les statistiques que Piketty met en avant soutiennent que les inégalités économiques grimpent et il conclut que les États devraient réparer ce « problème » avec encore plus de taxes sur les riches.

Il est vrai que le fossé entre les « super riches » et le reste de la population s’est creusé ces dernières décennies. Il est devenu plus difficile d’obtenir une fortune de taille moyenne via un salaire moyen. Mais peut-être que la raison la plus importante a été largement négligée dans le débat : notre système monétaire monopolistique – comme Andreas Marquart et moi le montrons dans notre nouveau livre  « Blind Robbery! How the Fed, Banks and the Government Steal our Money ».

clip_image004Dans un système monétaire fiat les coûts de production de monnaie chutent quasiment à zéro ; l’incitation à la production de nouvelle monnaie devient alors irrésistible. Et toute création de monnaie redistribue rentes et richesse, car tous les agents économiques ne reçoivent pas la nouvelle monnaie au même moment. Certains l’obtiennent plus tôt, d’autres plus tard. Les premiers en bénéficient car leurs encaisses maintenant plus élevées leur permettent d’acheter au prix ancien, pour l’instant bas. Une fois cet argent dépensé par les premiers, il circule jusqu’aux prochains bénéficiaires qui sont un peu moins avantagés à mesure que les prix augmentent. La nouvelle monnaie se propage progressivement à travers l’économie et modifie les prix à la hausse. Dans cette opération, les premiers récipiendaires de monnaie sont bénéficiaires, tandis que les derniers à en voir la couleur sont déficitaires : ils subissent la montée des prix bien avant une potentielle hausse de leurs revenus. Le pouvoir d’achat des derniers récipiendaires de la nouvelle monnaie est dégradé.

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Mais qui sont ces premiers récipiendaires de la nouvelle monnaie dans notre système monétaire fiat ? Ceux qui en bénéficient doivent la recevoir où elle est produite, à savoir dans le système bancaire sous forme de prêt. Et pour être en mesure de se faire prêter par une banque il est utile d’être riche. Les personnes riches qui détiennent quantités d’actifs comme des actions ou de l’immobilier peuvent engager leurs actifs comme garantie pour de nouveaux prêts. Ils peuvent alors utiliser ces emprunts pour obtenir encore plus d’actions et de valeurs immobilières dont les prix continuent d’augmenter en conséquence.

clip_image008Puisque les coûts de production de monnaie sont proches de zéro dans notre système monétaire fiat, où les banques centrales et les autres banques sont en mesure d’en créer, on peut s’attendre à ce que les réserves de monnaie croissent continuellement. Par conséquent, les prix ont tendance à augmenter régulièrement. Dans un tel système, il n’est pas très judicieux d’économiser des espèces afin d’acheter des actifs comme une future maison. Il est raisonnable de s’endetter tôt dans le but d’acheter une maison avant qu’elle ne soit encore plus chère et rembourser la dette dans une monnaie dont la valeur se sera dépréciée. Puisque les actifs tels que les propriétés, les obligations ou les actions peuvent servir de garantie pour de nouveaux prêts et ainsi de moyens de devenir premier récipiendaire de nouvelle monnaie, dans notre système monétaire fiat les prix des actifs tendent à s’élever avec ceux des biens et des services, c’est-à-dire des salaires. C’est une des raisons qui explique pourquoi il faut en moyenne de plus en plus de temps pour acheter une maison avec un salaire moyen. C’est aussi pourquoi, dans notre système monétaire fiat, il est plus facile pour un riche de le rester et de plus en plus difficile pour un pauvre de devenir riche, par rapport à un système de monnaie-marchandise.

Pendant que les très riches, l’industrie financière et les grandes entreprises profitent de leur accès direct et rapide à la nouvelle monnaie créée, les classes ouvrières et moyennes, qui tendent à être des récipiendaires tardifs, doivent faire face à la montée des prix immobiliers, énergétiques et alimentaires. Le coût de la vie et les fortes taxes empêchent les classes ouvrières et moyennes d’épargner et d’investir dans des produits financiers.

Pour résumer, notre système monétaire conduit à une redistribution qui a tendance à faire circuler les richesses en direction des riches. Notre système monétaire est une création de l’État. Nous avons une monnaie monopolistique d’État, des planificateurs centraux des affaires économiques (les banques centrales) ainsi que des banques qui reçoivent des privilèges spéciaux de l’État. Ainsi, le point de vue de Piketty selon lequel les marchés sont responsables de l’accroissement des inégalités économiques est trompeur. Ce sont plutôt les États eux-mêmes qui sont la cause des hausses des inégalités qu’ils prétendent combattre.