Deep State contre la liberté d’expression

Extrait de : L’intensification du Deep State, James Howard Kunstler, Kunstler.com ,09 décembre 2016

L’aspect le plus amusant de l’acharnement des médias sur le « piratage » des élections américaines par la Russie est leur refus d’évoquer – ou même de réaliser – la tendance incessante et continuelle des États-Unis à lancer des opérations de propagande contre tous les autres pays du monde. Sans parler des organes de propagande les plus anciens et les plus vénérables que sont Voice of America et Radio Free Europe (petit rappel : le rideau de fer est tombé il y a un quart de siècle).

Pensez-vous qu’il n’y ait personne chez Langley, au Pentagone, ou dans les deux millions de kilomètres carrés du centre de données de la NSA dans l’Utah, qui soit chargé d’œuvrer jour et nuit pour semer la confusion parmi les autres sociétés, dans le seul objectif d’en rallier toujours plus à leur cause ? 

L’offensive principale a été la publication par le Washington Post le 26 novembre de The List, un article qui a accusé des douzaines de blogs et de sites web de publier de « fausses actualités », en accord avec les forces de désinformation russes. Cette liste inclut Zero Hedge, Naked Capitalism et le blog de David Stockman. Un certain nombre de sites complètement détraqués ont été ajoutés à la liste en guise d’assaisonnement – The Daily Stormer (Nazis), Entime.com (un site apocalyptique évangélique), GalacticConnection (OVNIs). Les autres sites de la liste vont de presse à scandale à sites d’information précieux. Aurions-nous pu espérer autre chose d’un pays qui dispose d’un accès à internet ET d’un consensus complètement incohérent avec la réalité ?

Il est évident que la lutte que se mènent les médias grand public et les actualités en ligne ait atteint son apogée pendant les élections, les médias grand public ayant massivement pris parti pour Hillary avant de sombrer dans une dépression nerveuse suite à sa défaite. Désespérés d’expliquer son échec, le New York Times et le Washington Post ont accusé la Russie d’avoir piraté les élections – parce que seule une intervention satanique pouvait expliquer la défaite de Madame C’est-Mon-Tour. La Russie a donc piraté le Comité national démocrate, présenté les emails d’Hillary à Wikileaks et saboté non seulement Hillary, mais le gagne-pain de la termitière du Deep State américain. Un acte impardonnable.

Autre aspect intéressant, ces journaux et leurs servants de la télévision se sont très peu inquiétés de savoir

·       si les informations divulguées étaient vraies ou non –

·       si les donateurs de la Fondation Clinton ont réellement influencé les accords d’armements passés par le Département d’Etat ;

·       si le Comité national démocrate a tout fait pour écraser Bernie Sanders lors des primaires ;

·       si la présidente temporaire du Comité national démocrate (et employée de CNN), Donna Brazille, a transmis les questions des débats à Hillary ;

·       ou encore si les banques de Wall Street ont vraiment versé un quart de million de dollars pour influencer les discours d’Hillary.

Toutes ces accusations se sont prouvées être vraies.

Et puis, quelques semaines après les élections, la Chambre des représentants a adopté H.R. 6393, l’Intelligence Authorization Act pour l’année fiscale 2017. Comme l’explique le bloggeur Ronald Thomas West :

La section 501 demande au gouvernement de « prendre de mesures préventives et neutralisantes contre l’influence couverte de la Russie… déployée en coordination avec, ou à la demande d’un certain nombre de chefs politiques et membres des services secrets de la Fédération russe, bien que le rôle de la Fédération russe n’ait pas été divulgué ou reconnu publiquement ».

Cette mesure n’a pas encore été approuvée par le Sénat ou ratifiée, et l’approche des vacances pourrait l’empêcher de l’être. Mais il reste facile de voir comment elle permettrait au Deep State d’ordonner la clôture de n’importe quel site qui ne lui plairait pas. Ma référence au Deep State pourrait vous pousser à me croire infecté par le virus de la paranoïa. Ce dont je parle en revanche, ce n’est que de la matrice de « sécurité » et de surveillance qui s’est développée depuis les attaques du 11 septembre pour transformer la NSA en une superstructure plus large encore que la CIA, le Département de la défense et le FBI.

Une petite dose de paranoïa face au comportement fasciste du gouvernement américain est un correcteur utile contre les tendances dont les citoyens devraient le plus s’inquiéter –

·       comme la militarisation des forces de police ;

·       la très outrageuse « confiscation civile » qui permet à la police de voler l’argent et la propriété de citoyens sans application régulière de la loi ;

·       l’application irrégulière de la loi dont font preuve les activités de la Fondation Clinton ;

·       la mauvaise conduite des banquiers ;

·       ou les tentatives d’imposer une société sans espèces qui forcerait tous les citoyens à intégrer un réseau de surveillance financière et éliminerait complètement leur liberté économique.

Il s’agit là d’enjeux cruciaux, à une heure où notre nation titube vers une nouvelle crise financière, et où le Deep State est de plus en plus désespéré de recueillir la moindre pièce pour se refinancer lui-même, ainsi que les banques too-big-to-fail et autres institutions telles que Fannie Mae et Freddie Mac, qui se trouvent une fois de plus avec entre les mains un gros sac de prêts immobiliers non-performants. Sans parler des fonds de pension et des compagnies d’assurance qui s’effondreront eux-aussi dans la grande crise qui devrait commencer dès que Trump aura suspendu son logo doré au portique de la Maison blanche.