Crise grecque-le rapport interne qui accable le FMI !

Crise grecque-le rapport interne qui accable le FMI !

Crise grecque : le rapport interne qui accable le FMI

La gestion calamiteuse crise grecque Fonds Monétaire International mise évidence rapport d’évaluation publié 28 juillet.

Le bureau indépendant d’évaluation du FMI a publié un rapport très sévère. Décisions hâtives, pression politique, règles contournées, le FMI a perdu pied en Grèce.

clip_image002C’est un rapport qui, au milieu de l’été, a au moins fait réagir une personne : Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances grec, (voir le prochain texte). Après la parution des 80 pages rédigées par le bureau indépendant d’évaluation du FMI sur la gestion de la crise de la zone euro, l’ex- star de la politique a demandé sur Twitter la démission de Poul Thomsen, l’homme du Fonds en charge des programmes pour la Grèce et le Portugal.

« Le FMI confesse avoir immolé la Grèce pour le compte de l’Eurogroupe », résume Yanis Varoufakis, après avoir pris connaissance de ce rapport accablant.

clip_image004Le travail d’investigation du bureau indépendant n’a manifestement pas été facile. Il est écrit que les enquêteurs ont eu du mal à obtenir les documents confidentiels qui étaient nécessaires à leur analyse. On comprend pourquoi. Ils accusent le FMI d’avoir pris des décisions hâtives, en contradiction avec ses propres règles au sujet de la Grèce.

Le FMI déclenche un plan d’aide à la Grèce sans restructuration de dette préventive

Ainsi, en mai 2010, le comité de direction du Fonds donne son feu vert à un plan de sauvetage du pays. Des fonds vont être débloqués pour permettre à Athènes de faire face à la tourmente, alors que le pays perd l’accès aux marchés financiers.

Or, le « board » a approuvé cette décision

·       « sans chercher à effectuer une restructuration de dette préventive », soulignent les experts,

·       « alors même que la dette souveraine n’était pas jugée soutenable avec une forte probabilité ».

·       Et d’enfoncer le clou : le cadre pour les sauvetages exceptionnels a été respecté de « manière superficielle ».

·       Pour coller à la situation, le FMI a même formellement modifié ses règles, mais sans mener de débats approfondis.

Les équipes du Fonds sujettes à une pression politique dans la gestion de la crise de la zone euro

Le second grief est lié au premier : le Fonds n’a pas su garder son indépendance. « Le fonctionnement de la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI) a pu exercer une pression politique sur les équipes techniques ». Dans ce cadre, le bureau d’évaluation critique les projections de croissance « excessivement optimistes » produites par le FMI. « Les leçons des précédentes crises n’ont pas toujours servi », déplorent les experts.

Et de conclure : « la gestion de la crise de la zone euro par le FMI pose la question de la responsabilité et de la transparence, qui entretient l’idée que le Fonds a accordé un traitement spécial à l’Europe ». Un coup dur pour l’institution. Les auteurs du rapport invitent le FMI à prendre un certain nombre de mesures pour renforcer son indépendance et sa crédibilité. Le Fonds immolé sur l’autel de la zone euro ?


Le FMI avoue avoir immolé la Grèce pour le compte de l‘Eurogroupe, par Yanis Varoufakis

Cette semaine a débuté avec un débat au parlement grec, lancé par l’Opposition Officielle (le principal – mais pas le seul – supporter de la troïka à l’intérieur de la Grèce), avec pour objectif final de me faire inculper pour avoir osé contrer la troïka lorsque je fus ministre des finances durant les six premiers mois de 2015.

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La troïka, qui avait organisé une panique bancaire avant même que je prenne pied dans mon ministère, qui m‘avait menacé de fermeture des banques trois jours après que j‘aie assumé ma charge ministérielle, et qui avait mis en œuvre la fermeture de nos banques, avait à présent décidé de m’accuser d’avoir… fermé les banques et imposé le contrôle des capitaux. Comme tout bon harceleur, la troïka s’est montrée plus que prompte à blâmer ses victimes, et à bafouer et vilipender tout qui oserait résister à ses violences.

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Ma réaction aux accusations de la troïka et à la menace d’être entraîné dans une enquête judiciaire fut simple : « Allez-y ! » « Je vous affronterai », les ai-je défiés, « dans l’arène que vous choisirez : dans un amphithéâtre, sur un plateau de télévision, même devant une cour de justice ! » Au final, ils se sont dégonflés, et la motion parlementaire a été rejetée lorsque quelques-uns d’entre eux (un petit parti qui est habituellement totalement inféodé à la troïka) ont fait le choix stratégique de voter contre elle.

Ensuite, pour parfaire la raclée essuyée par la troïka cette semaine, le rapport du Bureau d’Évaluation Indépendante du FMI (IEO en anglais) a été publié. C’est une évaluation brutale qui ne laisse aucune place au doute quant à la théorie économique triviale et à la diplomatie à la canonnière utilisée par la troïka. Ce rapport met en difficulté le FMI, la BCE et la Commission : soit ils restaurent un minimum de leur légitimité en admettant leurs erreurs et en se séparant de ceux qui portent le plus de responsabilité dans cette affaire, ou ils ne font rien, par la même décuplant le mécontentement des citoyens européens envers l’UE, accélérant ainsi la déconstruction de cette dernière.

Lorsque j’étais ministre, occupé à négocier avec ce genre d’individus, la presse pro-troïka (ou plutôt, la presse dépendant de la troïka) affirmait que j’étais indigne de conduire ces négociations parce que j’avais osé insinuer que, de 2010 à 2014, le FMI, la BCE et la Commission avaient soumis la Grèce à des simulations de noyade fiscale, provoquant une Grande Dépression inutile en raison de leur imposition violente de politiques macroéconomiques incompétentes. Les médias de l’establishment affirmaient que le ministre des finances d’une petite nation en faillite, soumise à des simulations de noyade fiscale par les fonctionnaires de la toute-puissante troïka, ne pouvait pas se permettre de dire, que ce soit en public ou même en privé, que l’on était en train de soumettre cette petite nation en faillite à des simulations de noyade fiscale.

Ma réponse fut que nous avions tenté le silence et l’obéissance de 2010 à 2014. Le résultat ? Une perte de 28 % du revenu national, et les raisins de la colère qui « …s’étoffaient et se faisaient de plus en plus lourd pour la récolte. » Il était donc temps de donner à la troïka des contre-propositions modérées, rationnelles, tout en refusant de continuer à hocher la tête devant leur tactique visant à « faire comme si. » Jamais on ne m’a pardonné d’avoir adopté cette position.

Un an après que la troïka ait réussi à me faire éjecter du gouvernement grec, en convaincant Alexis Tsipras à capituler devant eux contre les souhaits de 62 % des électeurs grecs, le « bureau des affaires internes » du FMI confirme maintenant que ma position était totalement justifiée, et non erronée ou peu diplomate. Dans son article du 29 juillet au sein du Daily Telegraph, Ambrose Evans-Pritcher a dit ceci à propos du rapport du Bureau d’Évaluation Indépendante du FMI :

Un sous-rapport sur la saga grecque révèle que le pays a été forcé de se soumettre à un resserrement écrasant, équivalent à 11 % du PIB sur les trois premières années. Ceci a déclenché une spirale négative auto-alimentée. Plus la situation se dégradait, plus la Grèce était forcée de sabrer – ce que l’ex-ministre des finances Yanis Varoufakis a appelé « simulation de noyade fiscale. » (Voir plus bas pour des citations pertinentes du texte d’Evans-Pritchard).

À présent, la question est : que va-t-il se passer ensuite ?

  • Quel intérêt y a-t-il à recevoir un mea culpa, si les politiques imposées au gouvernement grec sont les mêmes que celles pour lesquelles un mea culpa a été publié ?
  • Quel intérêt y a-t-il à avoir un mea culpa, si les officiels qui ont imposé des politiques aussi désastreuses et inhumaines restent en place et sont, en fait, promus en récompense de leur incompétence crasse ?

Pour résumer, il est urgent que des excuses soient adressées au peuple grec, pas seulement de la part du FMI, mais aussi de la part de la BCE et de la Commission, dont les officiels ont encouragé le FMI à procéder à la simulation de noyade fiscale de la Grèce. Mais des excuses et un mea culpa collectif de la part de la troïka seraient terriblement insuffisants. Cela doit être suivi du licenciement immédiat d’au moins trois fonctionnaires.

Le premier sur la liste est M. Poul Thomsen – le chef de la première mission du FMI en Grèce, dont l’échec retentissant (selon les propres rapport du FMI, jamais auparavant un chef de mission n’avait présidé à pire désastre macro-économique) a résulté en une promotion au poste de Responsable pour l’Europe au sein du FMI. Le second, fort proche du premier sur cette liste, est M. Thomas Wieser, le président de l’EuroWorkingGroup, qui a trempé dans toutes les politiques et tous les coups qui ont conduit à l’immolation de la Grèce et l’ignominie de l’Europe, qui sera, il faut l’espérer, rejoint dans sa retraite par M. Declan Costello, dont les empreintes se retrouvent partout au sein des instruments utilisés pour la simulation de noyade fiscale. Et, enfin, un gentleman que mes amis irlandais ne connaissent que trop bien : M. Klaus Masuch de la BCE.

Enfin, et c’est le plus important, ces excuses et ces licenciements ne serviront à rien s’ils ne sont pas suivi d’un revirement complet sur les politiques macro-économiques, fiscales et de réformes appliquées en Grèce et au-delà.

Est-ce que l’un au moins de ces éléments se produira ? Ou le rapport du Bureau d’Évaluation Indépendante du FMI ne fera-t-il qu’illuminer le ciel un instant, avant d’être vite oublié ? Les signes penchent pour la seconde voie. Dans ce cas, les chances de l’UE de regagner la confiance de ses citoyens, chances qui sont déjà trop minces, s’échapperont des mains de nos dirigeants comme du fin sable blanc.

Carpe DiEM!
Yanis Varoufakis


Lectures complémentaires :

1.      Bailout has saved European banks, not Greece

2.      L’austérité en Grèce : tous les chiffres

3.      Restructurer la Grèce dans la zone euro est illusoire