Davos n’est pas la solution, car Davos, c’est le problème

Excellent texte rien à redire.


Editorial : Davos n’est pas la solution, car Davos, c’est le problème

Bien peu ont le courage ou la clairvoyance de remettre en question leurs certitudes. L’une des raisons est que rien ne les oblige, nous vivons dans un monde sans sanction pour les élites: même le réel n’est plus une sanction, car personne ne rend compte du réel, du vrai réel, tant est grand le biais à la confirmation. L’autorité, le recours aux arguments d’autorité ont remplacé l’esprit critique. La recherche honnête, curieuse  intellectuellement ne franchit plus les portes des quelques universités qui la pratiquent encore. Jamais elle ne franchit la barrière des médias. Il suffit d’écouter Yellen ou Draghi, il s sont passé maîtres dans l’utilisation de ces arguments  d’autorité.  La  glose, le commentaire de textes des Friedman et autres  a remplacé la recherche du savoir.Nous sommes dans un monde de monopolisation, de diffusion monopolistique du Savoir.

Davos , c’est l’histoire d’une succession ininterrompue d’erreurs. D’erreurs de principes, d’erreurs de raisonnement lesquelles débouchent sur des erreurs de prévision.

La science économique, laquelle n’est pas une science bien sur, la science économique n’a comme sanction/ validation que la prévision puisque l’on ne peut reproduire les situations en laboratoire. Et systématiquement les prévisions de Davos ont toujours été fausses. Davos s’est trompé sur l’austérité, sur l’analyse de la dette publique, sur la reprise économique post-crise, sur le vote Brexit, sur le résultat de l’élection américaine …Rogoff qui est  l’un des plus mauvais mais est l’un des plus lucides avoue qu’il a commencé à croire à la victoire de Trump, par esprit contrarian quand il a vu que Davos en Janvier 2016 affirmait que jamais cela ne se produirait!  ( https://www.bloomberg.com/news/special-reports/davos-w-e-f-2016). Rogoff raconte qu’il a lancé cette plaisanterie devant plus de 1000 personnes pour lui:  la soi-disant sagesse de Davos était toujours dans l’erreur et qu’il fallait envisager la victoire de Trump. Rogoff c’est  un emblème, le type même de l’élite, professeur à Harvard et ancien chef économiste au FMI. Peu importe que ce soit improbable a-til affirmé, c’est toujours le contraire du consensus de Davos qui va se produire; “No matter how improbable, the event most likely to happen is the opposite of whatever the Davos consensus is.”.

Le pire, le plus grave est que cela ne gène personne, on continue comme si de rien n’était; l’essentiel est d’aller à Davos, de se montrer, d’entretenir son statut dans le cartel. Les participants et délégués se moquent des prévisions passées, les médias complaisant aussi d’ailleurs et ils continuent de nous abreuver de leur vision erronée du monde, de leur prévisions fausses et de leur prétention.

Trump n’a pas envoyé de délégué officiel il n’est en apparence pas représenté, c’est un choix politique: il serait mal venu que l’élu  populiste  s’affiche , lui ou ses mandataires, à Davos! Pourtant nous soutenons , contrairement à Rogoff  et Trump  que faire le contraire de ce dit Davos n’est pas non plus une solution. Marcher à coté des rails du chemin de fer n’est pas une preuve de liberté, c’est simplement exposer une fausse originalité inspirée précisément par ce que l’on veut combattre. Trump est le revers de la même médaille que celle de Davos et donc de l’establishment, ce n’est pas ce que l’on peut appeler une autre solution. Trump, c’est comme les  enfants qui se croient rebelles parce qu’ils disent et font le contraire de ce que font leurs parents. Celui qui fait le contraire du consensus est encore plus prisonnier que celui qui l’accepte. Pourquoi? Parce que la réalité, le savoir vrai, sont ailleurs, dans ce qui n’est pas exploré.  En quarante années d’existence, Davos  a produit, au sens propre du mot produire, un consensus qui s’articule de la façon suivante:

-la globalisation et les marchés ouverts sont favorables

-la libre circulation du capital, des biens  et services, et à un moindre degré des personnes sont bénéfiques

Les participants ont établi un dogme sans aller plus loin que l’affirmation théorique   (erronée d’ailleurs) sans se poser la question complète que tout analyste doit pourtant se poser: favorable à qui?

Ils n’ont pas vu que le monde n’est pas homogène, abstrait mais qu’il est composé de personnes d’individus singuliers dont le stade développement est profondément divers et diversifié. En omettant de s’interroger sur le « pour qui, » ils ont réifié, créé un monde idéologique qui n’existe pas. Ils ont cru que souhaiter que tout le monde soit éduqué, progressiste, moderniste, universaliste, friqué, suffisait, ils n’ont pas vu que leurs principes n’avaient de valeur que restreinte, limitée à une minorité de plus en plus réduite. Nous avons toujours stigmatisé cette vision idéologique, réductrice, déconnectée du réel; déconnectée du sang  et des larmes, répétons nous souvent.

Ils n’ont pas vu que dans un système politique qui se donne pour objectif la démocratie, tout le monde vote, y compris ceux qui souffrent et qui sont terrifiés par la globalisation et ses avatars. Ils n’ont pas compris que faute de tenir compte de cette réalité, de cette pesanteur, de cette diversité , la voie qu’ils choisissaient , celle de la manipulation et de la tromperie allait mener au clash. Donc ils sont incapables d’intégrer tout ce qui en découle: la non transmission de leurs impusions, la révolte contre leurs lois, la rebellion contre la propagande et bien sur le rejet de l’ordre du monde qui en découle. Bien peu sont capables de comprendre parmi les 3 à 4 000 personnes qui vont à Davos qu’ils sont coupés du monde, radicalement.

La vision du monde qui est véhiculée à Davos est une abstraction, une projection idéologique qui prend ses désirs pour des réalités et qui donc est obligée d’utiliser de plus en plus la violence, le mensonge, la propagande pour continuer de s’imposer .

Le vice de l’abstraction est une tendance du monde moderne, on est de moins en moins figuratif, on se perd dans les signes et on oublie de les re-confronter périodiquement à la réalité qu’ils sont censés refléter.

Nous avons laché la proie pour les ombres, choisi le gouvernement des signes et des choses et abandonné le gouvernement des hommes. Nous avons fait le pari Méphistophélique , sans grande cuiller. Nous avons cédé à la dictature névrotique du signe et des fétiches . Avec de multiples composantes mais deux qui sont essentielles:

-la première est la macro-économie qui réduit les choses du monde à des agrégats, nous avons donné vie et pouvoirs à des modèles qui, faux , imposent leur dictature aux humains

– la seconde est la finance qui recouvre tout d’un voile/ linceul qui peu à peu asphyxie la vie, le vif.

Nous soutenons que la mondialisation la globalisation, l’ouverture , les flux perpétuels sont,  non pas des forces de vie, mais des tentatives mortifères d’évacuer le vivant, l’existant, de le mettre au pas.

Davos avec ses podiums d’auto gratification, ses miroirs de complaisance, ses bars et ses sauteries est un symbole, un symbole de la coupure du monde  entre ceux qui ont confisqué le pouvoir , ceux qui ont confisqué la richesse , ceux qui ont confisqué la dignité et les autres, ceux qui essaient de gagner leur vie.

Le résultat du vote Brexit, le vote contre Renzi, l’élection de Trump, la dislocation de l’unité aux Etats Unis, la position de Marine le Pen dans les sondages, la montée du parti Alernativ fur Deutschland,  tout cela ce sont des produits de Davos.

Comme le disait Samuel Huntington mort en 2008, le « Davos Man »est « une espèce dangereuse, transfrontière,  dont les valeurs et les intérêst sont en divorce avec ceux de la plupart de ses compatriotes. » Huntington annonçait que les Américains allaient finir par  « se rebeller contre l’immigration, en particulier en provenance du Mexique, contre l’influence des multinationales, et celle des intellectuels ». Nous y sommes.

Certains diront que le Davos Man prend concience du danger et  qu’il a programmé des conférences qui en témoignent: « squeezed and angry: how to fix the Middle Class Crisis », « comment résoudre la crise des classes moyennes », cette conférence aura pour vedette : Christine  Lagarde!

Sans commentaire.

Source: Editorial : Davos n’est pas la solution, car Davos, c’est le problème