La dette est le cancer de la démocratie

L’État-providence est par essence injuste et intenable. Injuste parce qu'il donne des droits à certains en en supprimant à d'autres, intenable parce qu'il promet une impossible sécurité économique.

La seule réelle promesse de l’État-providence 
est la destruction de l'économie et des droits.

Dans la mesure où les choses dont l'homme a besoin pour survivre doivent être produites, et où la nature ne garantit le succès d'aucune entreprise humaine, il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de garantie d'une sécurité économique.

L'employeur qui vous donne un emploi n'a aucune garantie que son entreprise va rester en activité, que ses clients vont continuer à acheter ses produits ou services. Les clients n'ont aucune garantie qu'ils auront toujours la capacité et l'envie d'échanger avec lui, aucune garantie de ce que leur besoins, choix et revenus seront dans le futur. Si vous vous retirez dans une ferme autonome, vous n'avez aucune garantie vous protégeant des conséquences d'une inondation ou d'un ouragan sur vos terres et vos cultures.

Si vous laissez tout aux mains du gouvernement et lui donnez tout pouvoir pour planifier l'économie dans son ensemble, cela ne garantira aucunement votre sécurité économique,mais garantira l'abaissement de la nation entière à un niveau de pauvreté misérable – le résultat pratique que toutes les économies totalitaires, communistes ou fascistes, ont démontré.

Moralement, la promesse d'un impossible "droit" à la stabilité économique est une infâme tentative d'abrogation du concept de droits.

Elle ne peut signifier et ne signifie qu'une seule chose : la promesse de réduire en esclavage tous les hommes qui produisent au bénéfice de ceux qui ne travaillent pas. "Si certains hommes ont le droit de bénéficier des fruits du travail des autres, cela signifie que ces autres sont privés de droits et condamnés à travailler en esclaves."* Il ne peut y avoir de droit de réduire en esclavage, i.e. de droit de détruire les droits.

Ayn Rand, "The Ayn Rand Letter" ; *Ayn Rand, "Capitalism: The Unknown Ideal".

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Extrait de : La dette est le cancer de la démocratie, Cécile Philippe, l’Institut économique Molinari, 24 janvier 2017.

Texte d’opinion publié le 24 janvier 2017 dans Les Échos.

La montée du populisme est un phénomène démocratique ­préoccupant en ce qu’il menace les fondements mêmes de nos démocraties. En France, la prochaine élection présidentielle laisse planer le ­risque d’un score très important pour le Front national. Ailleurs, le Brexit, l’élection de Donald Trump, la victoire de Viktor Orban en Hongrie, la participation des « vrais Finlandais » au pouvoir sont autant de signes de la généra­lisation du phénomène à l’ensemble des pays développés.

Bien sûr, nombre d’experts s’y sont intéressés et ont identifié des raisons possibles de son développement. Il me semble cependant que le rôle de la dette publique n’y a pas été suffisamment souligné. Il est important en ce que son existence est le symptôme d’une maladie grave du système démocratique.

Rupture du contrat social

Nombre de commentaires soulignent, avec raison, les effets de la crise financière de 2008-2009. Ils oublient néanmoins de pointer du doigt sa cause réelle. Comme l’expliquent les deux économistes Carmen Reinhart et ­Kenneth Rogoff, les crises monétaires et financières ont toutes un point commun : l’excès de dettes. « Ces masses de dettes énormes sont dangereuses parce qu’elles mettent l’économie à la merci d’une crise de confiance. »

Cette notion de confiance est au coeur de la crise morale de nos démocraties. Car si la crise de confiance peut provoquer une crise financière, c’est parce qu’elle résulte elle-même d’une rupture du contrat social.

Car, au fond, qu’est-ce qu’une dette publique ? En dehors de toutes les explications qui la justifient, elle incarne le montant que les instances publiques dépensent sans oser s’enquérir du consentement de leurs concitoyens. S’ils l’avaient eu, il leur aurait suffi de le financer par l’impôt. Le choix de la dette, c’est le choix des parlementaires de dépenser plus sans l’accord préalable de leurs électeurs.

Or, le consentement à l’impôt est un des fondements de nos démocraties. Dès lors que nos responsables politiques jugent qu’ils peuvent passer outre en créant de la dette, ils font fi de ce pilier qui est pourtant le garant du « vivre ensemble. » Car le consentement à l’impôt est un composant actif de la coopération humaine. Il sym­bolise ce phénomène décrit par ­l’humaniste Etienne de La Boétie, dit de « servitude volontaire ». C’est notre consentement à respecter des contraintes légales, conventionnelles, informelles dans le but de coopérer pacifiquement.

Le populisme, métastases du cancer

Cette servitude volontaire est fragile. Quand il devient évident que l’esprit de la Constitution n’est pas plus respecté, alors les gens cessent d’y croire et cela suscite de la méfiance. Cette méfiance, on la voit partout dans ces pays qui ont délaissé la notion d’équilibre bud­gétaire, pensant qu’elle était obsolète alors qu’elle est au coeur du pacte social. Ces pays se créent des lendemains qui déchantent, car il y a toujours un moment où sonne l’heure des comptes.

Sans surprise, les citoyens rechignent à payer l’addition lorsqu’elle se présente tôt ou tard car ils n’ont rien commandé. Forcés à le faire, ils se sentent floués par leurs dirigeants et cherchent alors des alternatives qui représentent mieux leurs sentiments : leur ras-le-bol fiscal, leur crise d’identité, leur méfiance à l’égard du créancier étranger, l’exil intérieur ou les départs à l’étranger…

La dette publique n’est pas un simple sujet comptable. Son envol fragilise nos pays démocratiques. Comme un cancer, elle s’est développée au fil des années et certaines de ses métastases s’appellent le populisme. Tous ceux qui continuent d’appeler de leurs voeux une augmentation de la dette publique sous-estiment à quel point cela ­gangrène nos démocraties.

Au XIXe siècle, les partis de gauche avaient bien compris ce risque. Ils défendaient l’équilibre budgétaire au nom de la nécessité de protéger les pauvres des générations futures. Il est grand temps que l’on se réapproprie cette façon de voir et que l’on pousse la classe politique à cesser de vivre à crédit. L’équilibre budgétaire est important dans nos démocraties.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari