Les Etats-Unis n'ont pas cessé de se mêler de la politique intérieure de ses alliés et clients

L'obsession anti-russe ou le testament d'Obama

·        Par Eric Delbecque

 

·        Publié le 17/01/2017 à 18:54

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FIGAROVOX/TRIBUNE - La fin du second mandat de Barack Obama a été marquée par une dégradation des relations américano-russes. Pour Eric Delbecque, l'obsession américaine pour discréditer Moscou traduit la volonté de Washington de continuer de peser sur les affaires du monde.


Le harcèlement anti-Poutine marquera le crépuscule de Barack Obama. Le président démocrate achève son deuxième mandat en amplifiant la perception du désastreux bilan de la politique étrangère des Etats-Unis depuis le début du XXIe siècle. Après 2003, l'Oncle Sam n'a cessé d'apparaître comme une puissance incapable de comprendre le reste de la planète, multipliant les occasions d'instabilité géopolitique plutôt que de tenter de les apaiser. On imputa l'obsession unilatéraliste de la Maison-Blanche à Georges W. Bush et aux néoconservateurs, mais il fallut rapidement s'y faire: les Démocrates n'avaient pas l'intention de rompre avec les mauvaises habitudes du dessein hégémonique. Le style et les mots changèrent, pas les intentions et le fond de la stratégie de sécurité nationale.

 

Le harcèlement anti-Poutine marquera le crépuscule de Barack Obama. Le président démocrate achève son deuxième mandat en amplifiant la perception du désastreux bilan de la politique étrangère des Etats-Unis depuis le début du XXIe siècle. Après 2003, l'Oncle Sam n'a cessé d'apparaître comme une puissance incapable de comprendre le reste de la planète, multipliant les occasions d'instabilité géopolitique plutôt que de tenter de les apaiser. On imputa l'obsession unilatéraliste de la Maison-Blanche à Georges W. Bush et aux néoconservateurs, mais il fallut rapidement s'y faire: les Démocrates n'avaient pas l'intention de rompre avec les mauvaises habitudes du dessein hégémonique. Le style et les mots changèrent, pas les intentions et le fond de la stratégie de sécurité nationale.

Que proposent les Américains au reste des nations du monde ? De contribuer au confort des Etats-Unis…

 

Quant à l'Union européenne et aux Etats qui la composent, ils s'enkystent dans le suivisme le plus affligeant et multiplient les erreurs d'analyse géostratégique facilitant l'expansion du salafisme djihadiste (en Lybie et en Syrie) ; parallèlement, ils sacrifient leurs intérêts économiques fondamentaux à ceux des Etats-Unis ou de la Chine, sous le prétexte de se conformer aux dogmes les plus absurdes du droit de la concurrence.

 

Seule la Russie de Vladimir Poutine offre une résistance entêtée aux prétentions états-uniennes à régenter brutalement une mondialisation dont ils maîtrisent les principaux titans.

 

Seule la Russie de Vladimir Poutine offre une résistance entêtée aux prétentions états-uniennes à régenter brutalement une mondialisation dont ils maîtrisent les principaux titans (il suffit de regarder les Top 100 des marques les plus influentes en 2015) et les normes financières, technologiques, culturelles et juridiques. A cet égard, la dénonciation de la cyberguerre menée par la Russie et de l'ingérence du Kremlin dans le processus électoral qui a porté Donald Trump au pouvoir, s'inscrit d'abord dans l'objectif de décrédibiliser toute forme d'opposition à la vision américaine des grands enjeux internationaux. On peut sans aucun doute souligner que la Russie déploie sa propre stratégie de puissance de l'Ukraine à la Syrie: mais Vladimir Poutine ne prétend pas travailler à la diffusion des idéaux de la démocratie. Il défend de manière fort transparente et revendiquée les intérêts de la nation russe et dénie à la bannière étoilée le droit de coloniser les cultures étrangère et de se prétendre l'Empire du Bien en toutes circonstances.

Depuis le début de la Guerre Froide, les Etats-Unis n'ont pas cessé de se mêler de la politique intérieure de ses alliés et clients.

 

Car ce qui se révèle finalement insupportable, c'est la position de donneuse de leçons adoptée par l'administration Obama. Comment peut-elle sérieusement faire le procès en manipulation de Poutine après la révélation de l'affaire PRISM ou l'élaboration du TAFTA (qui exporte la vision anglo-saxonne des affaires et participe au développement de la prospérité du big business américain)? Depuis le début de la Guerre Froide, les Etats-Unis n'ont pas cessé de se mêler de la politique intérieure de ses alliés et clients, de l'Amérique du Sud à l'Asie en passant par l'Europe, y compris en poussant leurs pions sur l'échiquier culturel et intellectuel (souvenons-nous du Congrès pour la liberté de la culture dans les années cinquante, une association anticommuniste financée par la CIA).

 

La coopération internationale et la conquête de la paix ne se construisent pas sur le syndrome de Tartuffe mais sur la réflexion stratégique approfondie et la prise en compte des matrices culturelles.

 

Il ne s'agit pas de privilégier systématiquement la Russie par rapport aux Etats-Unis, de «préférer» Poutine à Obama ou Trump, mais de cesser de coller à la roue des Américains et d'en finir avec cette permanente posture moralisante alors que la politique internationale exige de la nuance et la prise en compte d'équilibres de long terme (alors que les émotions spontanées nous rendent vulnérables aux manipulations de l'information et aux opérations d'influence). Le rôle de la France et de l'Europe consiste précisément à faire valoir une différence capitale: marier leurs intérêts, et l'atteinte d'objectifs éloignés dans le temps, avec la croyance en des valeurs fondamentales (qu'il faut qualifier d'humanistes, et pas simplement de libérales et démocrates) que la réalité nous force à négocier au cas par cas, puisque le reste de la planète ne croit pas forcément aux principes occidentaux. La coopération internationale et la conquête de la paix ne se construisent pas sur le syndrome de Tartuffe mais sur la réflexion stratégique approfondie et la prise en compte des matrices culturelles. Par conséquent, il conviendrait d'adopter avec Poutine une attitude de vigilance résolue mettant néanmoins l'accent sur la volonté de construire une puissante dynamique de coopération avec Moscou. Humilier ouvertement et verbalement l'Ours russe accentue le chaos du monde, sans aucun bénéfice pour quiconque.

 

Le harcèlement du personnage Poutine conduit consciencieusement depuis des années par le gouvernement des Etats-Unis ne traduit pas un engagement moral mais l'impuissance des élites américaines à penser l'altérité. Dans la mesure où Washington échoue avec constance sur la scène internationale, les têtes de l'Etat fédéral en reviennent aux bonnes vieilles méthodes: chercher le candidat idéal qui coiffera le chapeau du bouc émissaire et du meilleur ennemi! La sclérose de la pensée diplomatique et sécuritaire de l'Oncle Sam influence négativement la planète entière. Barack Obama fut un symbole magnifique qui suscita une immense espérance: son testament politique consacre une désillusion.


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