Prévost Car et Volvo Buses décideront-ils de produire au États-Unis pour se protéger contre le protectionniste américain ?

Extrait de : Le Buy America inquiète Volvo Buses, François Normand, Les Affaires, 09/02/2017

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Le président de Volvo Buses, Håkan Agnevall (crédit photo: Sylvie-Ann Paré)

La multinationale Volvo Buses, qui exploite les manufacturiers Nova Bus et Prévost Car au Québec, est préoccupée par le renforcement du Buy America dans le transport public aux États-Unis, dont le seuil de contenu américain passera de 60 à 70% d'ici 2020.

«On suit cet enjeu de très près, et on préfère clairement le libre-échange», a déclaré le président de Volvo Buses, Håkan Agnevall, lors d'un point de presse ce jeudi en marge de son allocution au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) sur la mobilité électrique.

La clause du Buy America concerne uniquement le transport public, contrairement à celle du Buy American qui, elle, vise tous les achats de biens du gouvernement américain (mais elle ne s'applique pas aux services).

Actuellement, le Buy America prescrit un seuil 60% de contenu américain pour les projets de transport public (métro, train de banlieue, autobus, etc.) qui inclut des subventions du gouvernement fédéral. Et l'assemblage final doit être complètement fait en sol américain.

Or, ce seuil grimpera à 65% en 2018 et 2019 et à 70% en 2020, selon une réglementation adoptée en décembre 2015 par l'administration Obama.

Cette hausse graduelle des seuils représente tout un défi pour les entreprises comme Nova Bus et Prévost Car. Plus le seuil de contenu américain augmente, plus il est difficile d'exporter des autobus sur le marché américain.

Actuellement, Nova Bus a trois usines en Amérique du Nord: deux au Québec (à Saint-François-du-Lac et à Saint-Eustache) et une aux États-Unis (à Plattsburgh, dans l'État de New York).

De son côté, Prévost Car a une seule usine en Amérique du Nord, soit à Sainte-Claire-de-Bellechasse.

Or, avec avec l'élection de Donald Trump et la montée du protectionnisme aux États-Unis, plusieurs analystes estiment que le seuil de contenu américain pourrait même dépasser un jour les 70%.

Cette possibilité préoccupe Ralph Acs, président de Volvo Buses en Amérique du Nord, qui était aussi présent au CORIM. «Le seuil de contenu américain est en croissance et atteindra 70% [en 2020]. La question est à savoir si cela va s'arrêter à 70%», a-t-il indiqué en point de presse.

La hausse des seuils représente aussi à terme un enjeu pour les sous-traitants de Nova Bus et de Prévost Car au Canada. Car plus les seuils augmenteront, plus il y aura une pression pour Volvo Buses de faire affaire avec des fournisseurs situés aux États-Unis, admet Ralph Acs.

Nova Buses pourrait-elle décider de produire de plus en plus de véhicules aux États-Unis et transférer graduellement une partie de la production de ses usines du Québec au sud de la frontière?

Les deux dirigeants de Volvo Buses n'ont pas répondu directement à cette question, soulignant que c'était un enjeu complexe.

Cela dit, Ralph Acs a souligné que ce serait un «évènement malheureux» si le seuil du Buy America dépassait un jour la barre des 70%.

Pour sa part, Håkan Agnevall s'est fait plus optimiste. Selon lui, le Québec pourrait éventuellement profiter d'une hausse de la production à l'usine de Nova Bus à Plattsburgh, comme on l'a déjà du reste observé par le passé.

«Le fait que nous ayons produit des autobus pour le marché américain à Plattsburgh a aussi bénéficié à notre équipe canadienne, car la majorité de nos ingénieurs sont situés au Canada», dit-il.