Rapport IRIS sur la surrémunérations des médecins

L’IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économiques) ose enfin proposer l’impensable: le salariat des médecins (comme dans de nombreux autres pays), qui seraient payés, comme au Royaume-Uni, quatre fois le salaire moyen des travailleurs actifs au pays (au lieu de 7.6 fois comme actuellement).

Iris La rémunération des médecins québécoisLe salariat des médecins proposé permettrait non seulement d’épargner 4.3 milliards par année (soit plus de 10% du budget actuel du système), mais il déplacerait surtout le pouvoir dans le domaine de la santé et des services sociaux au profit de l’ensemble des intervenants. D’autres propositions de l’IRIS vont d’ailleurs dans le même sens de prioriser la santé plutôt que le curatif: renforcement des soins de première ligne en redonnant leur autonomie et leurs budgets aux CLSC et en plaçant les GMF (groupes de médecine familiale) sous leur autorité (plutôt que d’être des entreprises privées médicales comme c’est le cas présentement).

Par contre, on connaît la technique ils vont faire du chantage en disant qu’ils vont allez pratiquer dans les autres provinces ou aux États-Unis.

Et c’est justement à ce moment que nos politiciens fédéraux et provinciaux ayant un peu de colonnes devront s’entendre, si tu déménages tu vas avoir une sérieuse pénalité pour décourager ce chantage classique, car si on ne réduit pas le coût de santé on va directement dans le mur.


La rémunération des médecins québécois

GUILLAUME HÉBERT  chercheur à l’IRIS, JUIN 2016  

Dans cette note socioéconomique, nous abordons la rémunération des médecins québécois. Plus une semaine ne passe sans qu’on ne fasse référence aux revenus de cette catégorie de professionnels de la santé. Et pour cause, les augmentations qu’elle a obtenues depuis une décennie constituent une charge imposante et croissante pour les finances publiques du Québec. Cette note vise à faire le point sur cette rémunération et proposer certaines avenues à explorer pour corriger les excès actuels.

Rémunération à l’acte

L’essentiel de la rémunération des médecins québécois provient de la rémunération à l’acte, c’est-à-dire que les médecins obtiennent un remboursement de la RAMQ pour chaque acte médical posé. Même si ce mode de rémunération est de plus en plus critiqué et qu’il est moins utilisé de nos jours dans le reste du Canada (à l’exception de l’Alberta et de la Colombie-Britannique), son utilisation reste fortement majoritaire au Québec comme le montre le tableau 1

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Comment évolue la rémunération moyenne des médecins québécois ?

Le graphique 2 montre l’évolution de la rémunération moyenne des médecins au Québec sur une période de dix ans, soit entre 2004 et 2014. On constate l’augmentation accélérée de ces salaires à partir de 2007. La rémunération des médecins spécialistes connaît la hausse la plus spectaculaire, passant de 237 000 $ à près de 400 000 $, soit une augmentation de 66 % en dix ans.

Durant cette période, les médecins omnipraticiens ont également obtenu une hausse très importante (54 %) de leur rémunération moyenne, qui est passée de 158 000 $ à 243 000 $. Pour l’ensemble des médecins, ces augmentations se traduisent par une hausse de revenu de l’ordre de 125 000 $.

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Pourquoi les médecins obtiennent- ils des hausses de rémunération aussi importantes ?

Pendant que les salaires moyens au Québec augmentaient de 27 % en dix ans, celui des médecins a connu une hausse de 63 %. Durant la même période, l’inflation s’élevait à 18,5 %2. Comment les médecins ont-ils réussi à obtenir d’aussi généreuses augmentations ? L’explication se trouve principalement dans les ententes signées avec les fédérations médicales en 2007 sous le gouvernement de Jean Charest.

 

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Conclusion

Cette note économique donne l’heure juste à propos des hausses très élevées de la rémunération obtenue par les médecins québécois tant spécialistes qu’omnipraticiens à la suite des ententes survenues en 2007 entre les fédérations médicales et le gouvernement québécois.

Ces hausses sont difficilement justifiables peu importe ce à quoi elles sont comparées. Le revenu des travailleuses et des travailleurs québécoises évolue lentement, et les augmentations reçues sont incomparables à celles des médecins, qui plus est en pleine période d’austérité où la majorité des gens doivent se serrer la ceinture.

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Les hausses de rémunération accordées aux médecins ne se sont d’ailleurs pas traduites par des hausses significatives de l’accès aux services, mais plutôt par une augmentation très importante des coûts de chacun des actes médicaux.

Quant à la comparaison de la rémunération des médecins québécois avec ceux de l’Ontario, on s’aperçoit rapidement qu’elle révèle en fait un très large avantage aux médecins québécois, que ce soit par rapport au coût de la vie ou encore à la longueur de la semaine de travail. Par ailleurs, alors que le gouvernement du Québec demande à tout le monde de se serrer la ceinture pour la rémunération des médecins, l’Ontario a plutôt choisi de s’engager dans une lutte avec eux pour qu’ils participent à l’effort de retour à l’équilibre budgétaire.

Québec devra tôt ou tard lui aussi revoir les ententes avec les médecins sans quoi il grèvera dangereusement les finances publiques ou forcera la population à accepter des sacrifices (encore plus) injustifiables pour les intérêts financiers d’une catégorie de professionnels. Ensuite, le gouvernement devra également considérer une révision du mode de rémunération des médecins.

Comme nous l’avons vu au tableau 1, le Québec est l’une des provinces où le paiement à l’acte est le plus utilisé. Ce mode de paiement est associé à des coûts élevés. Le gouvernement a déjà entrepris des réflexions à ce sujet ; il devra cette fois se montrer moins complaisant à l’égard des médecins qui préparent déjà les prochaines défenses de leurs intérêts financiers.