Imposer les entreprises ou les citoyens

Normalement, je suis d’accord avec les positions de M. Descôteaux, par contre sur cet article, j’ajoute un bémol.

Commentaire à la fin du carnet, ma réponse a été envoyé à son blogue


Extrait de : Imposer les entreprises ou les citoyens, David Descôteaux, Argent, 02/03/2011

Attention, scandale! Selon une étude de l’OCDE reprise mercredi par Le Devoir, le gouvernement fédéral va chercher plus de la moitié de ses revenus en imposant les particuliers. Et en même temps, il baisse les impôts des entreprises!

Injuste? Inéquitable? Non. Juste un faux débat.

Depuis toujours, l’impôt des particuliers représente grosso modo la moitié des revenus du fédéral. Pas grand-chose de nouveau ici.

Mais surtout : une entreprise ne mange pas. Elle ne boit pas. Elle ne se chauffe pas les fesses deux semaines à Cuba en février. Ce n’est ni un homme, ni une femme. C’est un bout de papier. Un numéro de dix chiffres qui dort sur un disque dur au ministère des Finances.

Qui paye les impôts d’une entreprise? Les actionnaires, les patrons, les employés et même les clients, d’une certaine façon. Et qui souffre le plus quand on impose trop les entreprises? À moyen et long terme, ce sont les salariés et les consommateurs, selon la plupart des études – notamment celles de l’OCDE.

Seuls les humains payent des impôts

Pourquoi? Parce que l’entreprise peut toujours refiler le coût aux clients, par des hausses de prix. Aussi : l’entreprise ne mange peut-être pas, mais elle a des jambes. Vous l’imposez trop? Elle s’en ira fournir des emplois à une province ou un pays moins gourmand. C’est vrai que certaines peuvent difficilement bouger — déménager du sable bitumineux, c’est compliqué pour une pétrolière. Dans ce cas, les propriétaires risquent de moins investir dans leur entreprise. Ils vont choisir de dépenser leur argent ailleurs. Sans investissement, l’entreprise va devenir moins concurrentielle. Cela risque de se traduire, à terme, par moins d’emplois, et des salaires moins élevés pour ses employés.

Bien sûr, à court terme les actionnaires et les patrons peuvent profiter d’impôts moins élevés sur l’entreprise. Notamment en se payant de gros dividendes. Mais si ça choque tant que ça, pourquoi ne pas imposer davantage leurs revenus directement? Ou s’attaquer sérieusement aux paradis fiscaux? On arriverait au même résultat, sans nuire à l’investissement, ni aux salariés.

Oui, il y a scandale. Ce sont les dépenses éhontées de ce gouvernement fédéral — supposément de droite —, qui nous plonge cette année dans un déficit record de 45 milliards $. Mais le fait que l’État aille chercher cet argent dans votre portefeuille ou dans celui de votre employeur ne change rien à ce problème. C’est lâcher la proie pour l’ombre. Car c’est toujours vous et moi, en fin de compte, qui payons.


Réponse de :  Québec Droite

Je dois exprimer mon désaccord avec votre analyse.

Depuis que la mondialisation existe, on remarque que les multinationales font des profits records principalement par une désindustrialisation et la délocalisation excessive.

«Companies invested roughly $262 billion in equipment and software investment in the third quarter. That compares with nearly $80 billion in share buybacks.»

D’autant plus, que les profits excessifs ne vont pas toujours aux pays souverains où le siège social existe, ni les dividendes d’ailleurs, il paraît que :

«Here again, large corporations lead the charge in tax arbitrage. U.S. tax law allows multinationals to indefinitely defer their tax obligations on foreign earned profits until they ‘repatriate’ (send back) the profits to the U.S. U.S. corporations have increased their overseas stash by 70% in four years, now over $1 trillion—largely by dodging U.S taxes through a practice known as “transfer pricing”.»


Je vous invite donc à lire le livre de Mme Alepin, «La Crise fiscale qui vient».

«En moyenne, les pays de l'OCDE ont réduit leur taux d'impôt sur les sociétés de 40 % ces vingt dernières années. Durant la dernière décennie, la concurrence fiscale s'est en­core intensifiée sous l'influence de la mobilité croissante des multinationales.

 

Au fil des ans, cette dynamique a plongé les pays dans une concurrence féroce et a engendré une chute dramatique des taux d'imposition applicables aux multinationales.»

 

Puisque l'on ne peut pas aller le chercher ce manque à gagner, les gouvernements sont pognés. Qui va payer ? Où va-t-on aller le chercher ? Pas chez les pauvres, ils ne paient pas d’impôts. Finalement, c'est la classe moyenne qui va écoper, encore et plus que jamais », prédit-elle.

Les pays sont désarmés face à ce chantage fiscal, seule une entente globale du G20 pourra y apporter une solution.

Sinon, le libre-échange qui est plutôt un euphémisme risque d’être sérieusement écorché.

Vous pouvez bien sûr utiliser l’argument, sans libre-échange les produits seraient plus dispendieux, vous avez raison, mais que préférez-vous ?

Avoir des produits moins chers et avoir un chômage et des déficits structurels persistants, ou avoir le plein-emploi, mais moins de bébelles à acheter ?


Source :           Corporate Profits Soaring Thanks to Record Unemployment

Troisième facteur, la défiscalisation des entreprises